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CHAPITRE X.

NOUVELLES DISGRÂCES DE L’EMPEREUR CHARLES VII.
BATAILLE DE DETTINGEN.


Tant de belles actions ne servaient de rien au but principal, et c’est ce qui arrive dans presque toutes les guerres. La cause de la reine de Hongrie n’en était pas moins triomphante. L’empereur Charles VII, nommé en effet empereur par le roi de France, n’en était pas moins chassé de ses États héréditaires, et n’était pas moins errant dans l’Allemagne. Les Français n’étaient pas moins repoussés au Rhin et au Mein. La France, enfin, n’en était pas moins épuisée pour une cause qui lui était étrangère, et pour une guerre qu’elle aurait pu s’épargner, guerre entreprise par la seule ambition du maréchal Belle-Isle, dans laquelle on n’avait que peu de chose à gagner et beaucoup à perdre.

L’empereur Charles VII se réfugia d’abord dans Augsbourg, ville impériale et libre, qui se gouverne en république, fameuse par le nom d’Auguste, la seule qui ait conservé les restes, quoique défigurés, de ce nom d’Auguste, autrefois commun à tant de villes sur les frontières de la Germanie et des Gaules. Il n’y demeura pas longtemps, et, en la quittant, au mois de juin 1743, il eut la douleur d’y voir entrer un colonel de houssards, nommé Mentzel[1], fameux par ses férocités et ses brigandages, qui le chargea d’injures dans les rues.

Il portait sa malheureuse destinée dans Francfort, ville encore plus privilégiée qu’Augsbourg, et dans laquelle s’était faite son élection à l’empire ; mais ce fut pour y voir accroître ses infortunes. Il se donnait une bataille qui décidait de son sort à quatre milles de son nouveau refuge.

Le comte Stair, Écossais, l’un des élèves du duc de Marlborough, autrefois ambassadeur en France, avait marché vers Francfort à la tête d’une armée de plus de cinquante mille hommes, composée d’Anglais, d’Hanovriens, et d’Autrichiens. Le roi d’Angleterre arriva avec son second fils le duc de Cumberland, après avoir passé à Francfort dans ce même asile de l’empereur, qu’il

  1. Voyez ci-après, page 220. Dans sa lettre à d’Argental, du 23 août 1743, Voltaire dit que Mentzel avait été comédien.