Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/225

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reconnaissait toujours pour son suzerain[1], et auquel il faisait la guerre dans l’espérance de le détrôner.

Le maréchal duc de Noailles, qui commandait l’armée opposée au roi d’Angleterre, avait porté les armes dès l’âge de quinze ans. Il avait commandé en Catalogne dans la guerre de 1701, et passa depuis par toutes les fonctions qu’on peut avoir dans le gouvernement ; à la tête des finances au commencement de la régence, général d’armée et ministre d’État, il ne cessa dans tous ses emplois de cultiver la littérature : exemple autrefois commun chez les Grecs et chez les Romains, mais rare aujourd’hui dans l’Europe. Ce général, par une manœuvre supérieure, fut d’abord le maître de la campagne. Il côtoya l’armée du roi d’Angleterre, qui avait le Mein entre elle et les Français ; il lui coupa les vivres en se rendant maître des passages au-dessus et au-dessous de leur camp.

Le roi d’Angleterre s’était posté dans Aschaffenbourg, ville sur le Mein, qui appartient à l’électeur de Mayence. Il avait fait cette démarche malgré le comte Stair, son général, et commençait à s’en repentir. Il y voyait son armée bloquée et affamée par le maréchal de Noailles. Le soldat fut réduit à la demi-ration par jour. On manquait de fourrages au point qu’on proposa de couper les jarrets aux chevaux, et on l’aurait fait si on était resté encore deux jours dans cette position. Le roi d’Angleterre fut obligé enfin de se retirer pour aller chercher des vivres à Hanau sur le chemin de Francfort ; mais en se retirant il était exposé aux batteries du canon ennemi placé sur la rive du Mein. Il fallait faire marcher en hâte une armée que la disette affaiblissait, et dont l’arrière-garde pouvait être accablée par l’armée française : car le maréchal de Noailles avait eu la précaution de jeter des ponts entre Dettingen et Aschaffenbourg, sur le chemin de Hanau, et les Anglais avaient joint à leurs fautes celle de laisser établir ces ponts. Le 26 juin, au milieu de la nuit, le roi d’Angleterre fit décamper son armée dans le plus grand silence, et hasarda cette marche précipitée et dangereuse à laquelle il était réduit. Le maréchal de Noailles voit les Anglais qui semblent marcher à leur perte dans un chemin étroit entre une montagne et la rivière. Il ne manqua pas d’abord de faire avancer tous les escadrons composés de la maison du roi, de dragons, et de houssards, vers le village de Dettingen, devant lequel les Anglais devaient passer. Il fait défiler sur deux ponts quatre brigades d’infanterie avec celles des gardes françaises. Ces troupes avaient ordre de rester

  1. Comme électeur de Hanovre. Francfort était ville neutre.