Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/236

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battre ce prince ; mais ayant envoyé le maréchal de Noailles à sa place, il dit au comte d’Argenson : « Écrivez de ma part au maréchal de Noailles que pendant qu’on portait Louis XIII au tombeau le prince de Condé gagna une bataille[1]. » Cependant on put à peine entamer l’arrière-garde du prince Charles, qui se retirait en bon ordre. Ce prince, qui avait passé le Rhin malgré l’armée de France, le repassa presque sans perte vis-à-vis une armée supérieure. Le roi de Prusse se plaignit qu’on eût ainsi laissé échapper un ennemi qui allait venir à lui[2]. C’était encore une occasion heureuse manquée. La maladie du roi de France, quelque retardement dans la marche de ses troupes, un terrain marécageux et difficile par où il fallait aller au prince Charles, les précautions qu’il avait prises, ses ponts assurés, tout lui facilita cette retraite ; il ne perdit pas même un magasin.

Ayant donc repassé le Rhin avec cinquante mille hommes complets, il marche vers le Danube et l’Elbe avec une diligence incroyable ; et après avoir pénétré en France, aux portes de Strasbourg, il allait délivrer la Bohême une seconde fois. (15 septembre 1744) Mais le roi de Prusse s’avançait vers Prague ; il l’investit le 4 septembre, et ce qui parut étrange, c’est que le général Ogilvy, qui la défendait avec quinze mille hommes, se rendit, dix jours après, prisonnier de guerre, lui et sa garnison. C’était le même gouverneur qui, en 1741, avait rendu la ville en moins de temps, quand les Français l’escaladèrent[3].

Une armée de quinze mille hommes prisonnière de guerre, la capitale de la Bohême prise, le reste du royaume soumis peu de jours après, la Moravie envahie en même temps, l’armée de France rentrant enfin en Allemagne, les succès en Italie, firent espérer qu’enfin la grande querelle de l’Europe allait être décidée en faveur de l’empereur Charles VII. Louis XV, dans une convalescence encore faible, résout le siège de Fribourg au mois de septembre, et y marche. Il va passer le Rhin à son tour. Et ce qui fortifia encore ses espérances, c’est qu’en arrivant à Strasbourg il y reçut la nouvelle d’une victoire remportée par le prince de Conti.

  1. La bataille de Rocroy, le 19 mai 1643 ; voyez tome XIV, page 178.
  2. C’est encore seul que Frédéric opéra alors. Il fut abandonné de nous, et sur le point d’être accablé. (G. A.)
  3. Voyez page 199.