Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/244

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impérial ; mais elle voult et ce trône et la guerre. Le ministère anglais, qui donnait la loi à ses alliés puisqu’il donnait l’argent, et qui payait à la fois la reine de Hongrie, le roi de Pologne et le roi de Sardaigne, crut qu’il avait à perdre avec la France par un traité, et à gagner par les armes.

Cette guerre générale se continua parce qu’elle était commencée. L’objet n’en était pas le même que dans son principe : c’était une de ces maladies qui, à la longue, changent de caractère. La Flandre, qui avait été respectée avant 1744, était devenue le principal théâtre, et l’Allemagne fut plutôt pour la France un objet de politique que d’opérations militaires, le ministère de France, qui voulait toujours faire un empereur, jeta les yeux sur ce même Auguste II[1], roi de Pologne, électeur de Saxe, qui était à la solde des Anglais ; mais la France n’était guère en état de faire de telles offres. Le trône de l’empire n’était que dangereux pour quiconque n’a pas l’Autriche et la Hongrie. La cour de France fut refusée : l’électeur de Saxe n’osa ni accepter cet honneur, ni se détacher des Anglais, ni déplaire à la reine. Il fut le second électeur de Saxe qui refusa d’être empereur.

Il ne resta à la France d’autre parti que d’attendre du sort des armes la décision de tant d’intérêts divers qui avaient changé tant de fois, et qui dans tous leurs changements avaient tenu l’Europe en alarmes.

Le nouvel électeur de Bavière, Maximilien-Joseph, était le troisième de père en fils que la France soutenait. Elle avait fait rétablir l’aïeul dans ses États ; elle avait fait donner l’empire au père, et le roi fit un nouvel effort pour secourir encore le jeune prince. Six mille Hessois à sa solde, trois mille Palatins et treize bataillons d’Allemands, qui sont depuis longtemps dans les corps des troupes de France, s’étaient déjà joints aux troupes bavaroises toujours soudoyées par le roi.

Pour que tant de secours fussent efficaces, il fallait que les Bavarois se secourussent eux-mêmes ; mais leur destinée était de succomber sous les Autrichiens : ils défendirent si malheureusement l’entrée de leur pays que, dès le commencement d’avril, le nouvel électeur de Bavière fut obligé de sortir de cette même capitale que son père avait été forcé de quitter tant de fois. (22 avril 1744) Les malheurs de sa maison le forcèrent enfin

  1. Le prince que Voltaire nomme ici Auguste II est Frédéric-Auguste II (voyez tome XIII, page 213), que Voltaire appelle Auguste III, page 612 du tome XIII. Voyez ci-dessus la note 2, page 191, et ci-après, chapitre xxxii.