Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/259

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de cavalerie, deux d’infanterie, composées de Normandie, Crillon et Laval, vingt pièces de canon et des pontons : l’artillerie était déjà en avant, et au delà de cette artillerie était M. de Grassin, avec une partie de sa troupe légère qu’il avait levée ; il était nuit, et tout était tranquille, quand les six mille Anglais arrivent et attaquent les Grassins, qui n’ont que le temps de se jeter dans une ferme, près de l’abbaye de la Mesle, dont cette journée a pris le nom. Les Anglais apprennent que les Français sont sur la chaussée, loin de leur artillerie, qui est en avant, gardée seulement par cinquante hommes ; ils y courent, et s’en emparent (9 juillet 1745). Tout était perdu. Le marquis de Grillon, qui était déjà arrivé à trois cents pas, voit les Anglais maîtres du canon, qu’ils tournaient contre lui, et qui allaient y mettre le feu ; il prend sa résolution dans l’instant, sans se troubler ; il ne perd pas un moment ; il court avec son régiment aux ennemis par un côté : le jeune marquis de Laval s’avance avec un autre bataillon ; on reprend le canon ; on fait ferme. Tandis que les marquis de Grillon et de Laval arrêtaient ainsi les Anglais, une seule compagnie de Normandie, qui s’était trouvée près de l’abbaye, se défendait contre eux.

Deux bataillons de Normandie arrivent en hâte. Le jeune comte de Périgord les commandait ; il était fils du marquis de Talleyrand, d’une maison qui a été souveraine, mort malheureusement devant Tournai, et venait d’obtenir à dix-sept ans ce régiment de Normandie qu’avait eu son père ; il s’avança le premier à la tête d’une compagnie de grenadiers. Le bataillon anglais, attaqué par lui, jette bas les armes.

MM. du Chaila et de Souvré paraissent bientôt avec la cavalerie sur cette chaussée. Les Anglais sont arrêtés de tous côtés ; ils se défendirent encore. Le marquis de Graville y fut blessé ; mais enfin ils furent mis dans une entière déroute.

M. Blondel d’Azincourt, capitaine de Normandie, avec quarante hommes seulement, fait prisonnier le lieutenant-colonel du régiment de Rich, huit capitaines, deux cent quatre-vingts soldats qui jetèrent leurs armes, et qui se rendirent à lui. Rien ne fut égal à leur surprise quand ils virent qu’ils s’étaient rendus à quarante Français. M. d’Azincourt conduisit ses prisonniers à M. de Graville, tenant la pointe de son épée sur la poitrine du lieutenant-colonel anglais, et le menaçant de le tuer si ses gens faisaient la moindre résistance.

Un autre capitaine de Normandie, nommé M. de Montalembert, prend cent cinquante Anglais avec cinquante soldats de