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PRISE D’ANVERS

effets et de leur suite ; on leur fournit des escortes ; on renvoya au prince Charles les domestiques et les équipages qu’il avait dans la ville ; on fit déposer dans les magasins toutes les armes des soldats, pour être rendues lorsqu’ils pourraient être échangés.

Le roi, qui avait tant d’avantages sur les Hollandais, et qui tenait alors plus de trente mille hommes de leurs troupes prisonniers de guerre, ménageait toujours cette république. Les États-Généraux se trouvaient dans une grande perplexité ; l’orage approchait d’eux ; ils sentaient leur faiblesse. La magistrature désirait la paix ; mais le parti anglais, qui prenait déjà toutes ses mesures pour donner un stathouder à la nation, et qui était secondé par le peuple, criait toujours qu’il fallait la guerre. Les états, ainsi divisés, se conduisaient sans principes, et leur conduite annonçait leur trouble.

Cet esprit de trouble et de division redoubla dans les Provinces-Unies quand on y apprit qu’à l’ouverture de la campagne le roi marchait en personne à Anvers, ayant à ses ordres cent vingt bataillons et cent quatre-vingt-dix escadrons. Autrefois, quand la république de Hollande s’établit par les armes, elle détruisit toute la grandeur d’Anvers, la ville la plus commerçante de l’Europe ; elle lui interdit la navigation de l’Escaut, et depuis elle continua d’aggraver sa chute, surtout depuis que les États-Généraux étaient devenus alliés de la maison d’Autriche. Ni l’empereur Léopold, ni Charles VI, ni sa fille l’impératrice-reine, n’eurent jamais sur l’Escaut d’autres vaisseaux qu’une patache pour les droits d’entrée et de sortie. Mais, quoique les États-Généraux eussent humilié Anvers à ce point, et que les commerçants de cette ville en gémissent, la Hollande la regardait comme un des remparts de son pays. (15 mars 1746) Ce rempart fut bientôt emporté[1].

(10 juillet) Le prince de Conti eut sous ses ordres un corps d’armée séparé, avec lequel il investit Mons, la capitale du Hainaut autrichien : douze bataillons qui la défendaient augmentèrent le nombre des prisonniers de guerre. La moitié de cette garnison était hollandaise. Jamais l’Autriche ne perdit tant de places, et la Hollande tant de soldats. Saint-Guilain eut le même sort (24 juillet). Charleroi suivit de près. (2 auguste) On prend d’assaut la ville basse après deux jours seulement de tranchée ouverte. Le marquis, depuis maréchal, de La Fare entra dans Charleroi aux mômes conditions qu’on avait pris toutes les villes

  1. La capitulation n’eut lieu que le 31 mai ; le roi y fit son entrée le 4 juin.