Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/266

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


CHAPITRE XVIII.

SUITE DE LA CONQUÊTE DES PAYS-BAS AUTRICHIENS. BATAILLE DE LIÈGE, OU DE RAUCOUX.


Le roi de France, étant parti pour Paris après la prise d’Ostende, apprit en chemin que Nieuport s’était rendu, et que la garnison était prisonnière de guerre (5 septembre 1745). Bientôt après le comte de Clermont-Gallerande avait pris la ville d’Ath (8 octobre). Le maréchal de Saxe investit Bruxelles au commencement de l’hiver (29 janvier 1746). Cette ville est, comme on sait, la capitale du Brabant et le séjour des gouverneurs des Pays-Bas autrichiens. Le comte de Kaunitz, alors premier ministre, commandant à la place du prince Charles, gouverneur général du pays, était dans la ville. Le comte de Lannoi, lieutenant général des armées, en était le gouverneur particulier ; le général Van der Duin, de la part des Hollandais, y commandait dix-huit bataillons et sept escadrons : il n’y avait de troupes autrichiennes que cent cinquante dragons et autant de houssards. L’impératrice-reine s’était reposée sur les Hollandais et sur les Anglais du soin de défendre son pays, et ils portaient toujours en Flandre tout le poids de cette guerre. Le feld-maréchal Los-Rios, deux princes de Ligne, l’un général d’infanterie, l’autre de cavalerie ; le général Chanclos, qui avait rendu Ostende ; cinq lieutenants généraux autrichiens, avec une foule de noblesse, se trouvaient dans cette ville assiégée, où la reine de Hongrie avait en effet beaucoup plus d’officiers que de soldats.

Les débris de l’armée ennemie étaient vers Malines, sous le prince de Valdeck, et ne pouvaient s’opposer au siège. Le maréchal de Saxe avait fait subitement marcher son armée sur quatre colonnes par quatre chemins différents. On ne perdit à ce siège d’homme distingué que le chevalier d’Aubeterre, colonel du régiment des vaisseaux. La garnison, avec tous les officiers généraux, fut faite prisonnière (21 février). On pouvait prendre le premier ministre, et on en avait plus de droit que les Hanovriens n’en avaient eu de saisir le maréchal de Belle-Isle ; on pouvait prendre aussi le résident des États-Généraux ; mais non-seulement on laissa en pleine liberté le comte de Kaunitz et le ministre hollandais, on eut encore un soin particulier de leurs