Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/278

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qu’elle en serait la victime ; mais dès qu’on arme dans l’Europe, il n’y a point de petit État qui ne doive trembler.

La puissance autrichienne, accablée en Flandre mais victorieuse dans les Alpes, n’était plus embarrassée que du choix des conquêtes qu’elle pouvait faire vers l’Italie. Il paraissait également aisé d’entrer dans Naples ou dans la Provence. Il lui eût été plus facile de garder Naples. Le conseil autrichien crut qu’après avoir pris Toulon et Marseille il réduirait les deux Siciles facilement, et que les Français ne pourraient plus repasser les Alpes.

(1746) Le 28 octobre, le maréchal de Maillenois était sur le Var, qui sépare la France du Piémont. Il n’avait pas onze mille hommes. Le marquis de La Mina n’en ramenait pas neuf mille. Le général espagnol se sépara alors des Français, tourna vers la Savoie par le Dauphiné : car les Espagnols étaient toujours maîtres de ce duché, et ils voulaient le conserver en abandonnant le reste.

Les vainqueurs passèrent le Var au nombre de près de quarante mille hommes. Les débris de l’armée française se retiraient dans la Provence, manquant de tout, la moitié des officiers à pied ; point d’approvisionnements, point d’outils pour rompre les ponts, peu de vivres. Le clergé, les notables, les peuples, couraient au-devant des détachements autrichiens pour leur offrir des contributions, et être préservés du pillage.

Tel était l’effet des révolutions d’Italie pendant que les armées françaises conquéraient les Pays-Bas, et que le prince Charles-Édouard, dont nous parlerons, avait pris et perdu l’Écosse.


CHAPITRE XX.

LES AUTRICHIENS ET LES PIÉMONTAIS ENTRENT EN PROVENCE ;
LES ANGLAIS, EN BRETAGNE.


L’incendie qui avait commencé vers le Danube, et presque aux portes de Vienne, et qui d’abord avait semblé ne devoir durer que peu de mois, était parvenu après six ans sur les côtes de France. Presque toute la Provence était en proie aux Autrichiens. D’un côté, leurs partis désolaient le Dauphiné ; de l’autre, ils passaient au delà de la Durance. Vence et Grasse furent abandon-