Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/277

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Gênes n’est pas une ville qui doive, comme Milan[1], porter ses clefs à quiconque approche d’elle avec une armée : outre son enceinte, elle en a une seconde de plus de deux lieues d’étendue, formée sur une chaîne de rochers. Par delà cette double enceinte l’Apennin lui sert partout de fortification. Le poste de la Bocchetta, par où les ennemis s’avançaient, avait toujours été réputé imprenable. Cependant les troupes qui gardaient ce poste ne tirent aucune résistance, et allèrent se rejoindre aux débris de l’armée française et espagnole, qui se retiraient par Vintimille. La consternation des Génois ne leur permit pas de tenter seulement de se défendre. Ils avaient une grosse artillerie, l’ennemi n’avait point de canon de siège ; mais ils n’attendirent pas que ce canon arrivât, et la terreur les précipita dans toutes les extrémités qu’ils craignaient. Le sénat envoya précipitamment quatre sénateurs dans les défilés des montagnes, où campaient les Autrichiens, pour recevoir du général Brown et du marquis de Botta Adorno, Milanais, lieutenant général de l’impératrice-reine, les lois qu’ils voudraient bien donner. Ils se soumirent à remettre leur ville dans vingt-quatre heures (le 7 septembre), à rendre prisonniers leurs soldats, les Français et les Espagnols, à livrer tous les effets qui pourraient appartenir à des sujets de France, d’Espagne, et de Naples. On stipula que quatre sénateurs se rendraient en otage à Milan ; qu’on payerait sur-le-champ cinquante mille génovines, qui font environ quatre cent mille livres de France, en attendant les taxes qu’il plairait au vainqueur d’imposer.

On se souvenait que Louis XIV avait exigé autrefois que le doge de Gênes vînt lui faire des excuses à Versailles avec quatre sénateurs[2]. On en ajouta deux pour l’impératrice-reine ; mais elle mit sa gloire à refuser ce que Louis XIV avait exigé. Elle crut qu’il y avait peu d’honneur à humilier les faibles, et ne songea qu’à tirer de Gênes de fortes contributions, dont elle avait plus de besoin que du vain honneur de voir le doge de la petite république de Gênes avec six Génois aux pieds du trône impérial.

Gènes fut taxée à vingt-quatre millions de livres : c’était la ruiner entièrement. Cette république ne s’était pas attendue, quand la guerre commença pour la succession de la maison d’Autriche,

    gnols. Maillebois aurait pu protéger Gênes, mais il crut devoir suivre les ordres de l’infant (G. A.)

  1. Voyez page 261.
  2. Voyez tome XIV, page 291.