Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/284

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Le roi de France fit d’abord tenir au sénat un million par un petit vaisseau qui échappa aux Anglais. Les galères de Toulon et de Marseille partent chargées d’environ six mille hommes. On relâcha en Corse et à Monaco à cause d’une tempête, et surtout de la flotte anglaise. Cette flotte prit six bâtiments qui portaient environ mille soldats. Mais enfin le reste entra dans Gênes au nombre d’environ quatre mille cinq cents Français, qui firent renaître l’espérance.

Bientôt après, le duc de Boufflers arrive et vient commander les troupes qui défendent Gênes, et dont le nombre augmente de jour en jour. (Le dernier avril 1747) Il fallut que ce général passât dans une barque, et trompât la flotte de l’amiral Medley.

Le duc de Boufflers se trouvait à la tête d’environ huit mille hommes de troupes régulières, dans une ville bloquée, qui s’attendait à être bientôt assiégée ; il y avait peu d’ordre, peu de provisions, point de poudre ; les chefs du peuple étaient peu soumis au sénat. Les Autrichiens conservaient toujours quelques intelligences. Le duc de Boufflers eut d’abord autant d’embarras avec ceux qu’il venait défendre qu’avec ceux qu’il venait combattre. Il mit l’ordre partout ; des provisions de toute espèce abordèrent en sûreté, moyennant une rétribution qu’on donnait en secret à des capitaines de vaisseaux anglais : tant l’intérêt particulier sert toujours à faire ou à réparer les malheurs publics. Les Autrichiens avaient quelques moines dans leur parti ; on leur opposa les mêmes armes avec plus de force ; on engagea les confesseurs à refuser l’absolution à quiconque balançait entre la patrie et les ennemis. Un ermite se mit à la tête des milices qu’il encourageait par son enthousiasme en leur parlant, et par son exemple en combattant. Il fut tué dans un de ces petits combats qui se donnaient tous les jours, et mourut en exhortant les Génois à se défendre. Les dames génoises mirent en gage leurs pierreries chez des juifs pour subvenir aux frais des ouvrages nécessaires.

Mais le plus puissant de ces encouragements fut la valeur des troupes françaises, que le duc de Boufflers employait souvent à attaquer les ennemis dans leurs postes au delà de la double enceinte de Gênes. On réussit dans presque tous ces petits combats, dont le détail attirait alors l’attention, et qui se perdent ensuite parmi des événements innombrables.

La cour de Vienne ordonna enfin qu’on levât le blocus. Le duc de Boufflers ne jouit point de ce bonheur et de cette gloire ; il mourut de la petite vérole le jour même que les ennemis se