Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/290

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Tout le peuple, au bruit de l’invasion, demanda pour stathouder le prince d’Orange ; la ville de Tervère, dont il était seigneur, commença, et le nomma (25 avril 1747) ; toutes les villes de la Zélande suivirent ; Rotterdam, Delft, le proclamèrent ; il n’eût pas été sûr pour les régents de s’opposer à la multitude : ce n’était partout qu’un avis unanime. Tout le peuple de la Haye entoura le palais où s’assemblent les députés de la province de Hollande et de Vestfrise, la plus puissante des sept, qui seule paye la moitié des charges de tout l’État, et dont le pensionnaire est regardé comme le plus considérable personnage de la république. Il fallut dans l’instant, pour apaiser le peuple, arborer le drapeau d’Orange au palais et à l’hôtel de ville ; et deux jours après le prince fut élu (1er mai[1]). Le diplôme porta « qu’en considération des tristes circonstances où l’on était on nommait stathouder, capitaine, et amiral général, Guillaume-Charles-Henri Frison, prince d’Orange, de la branche de Nassau-Diest », qu’on prononce Dist. Il fut bientôt reconnu par toutes les villes, et reçu en cette qualité à l’assemblée des États-Généraux. Les termes dans lesquels la province de Hollande avait conçu son élection montraient trop que les magistrats l’avaient nommé malgré eux. On sait assez que tout prince veut être absolu, et que toute république est ingrate. Les Provinces-Unies, qui devaient à la maison de Nassau la plus grande puissance où jamais un petit État soit parvenu, purent rarement établir ce juste milieu entre ce qu’ils devaient au sang de leurs libérateurs et ce qu’ils devaient à leur liberté.

Louis XIV, en 1672, et Louis XV, en 1747, ont créé deux stathouders par la terreur ; et le peuple hollandais a rétabli deux fois ce stathoudérat que la magistrature voulait détruire.

Les régents avaient laissé, autant qu’ils l’avaient pu, le prince Henri Frison d’Orange dans l’éloignement des affaires, et même quand la province de Gueldre le choisit pour son stathouder en 1722, quoique cette place ne fût qu’un titre honorable, quoiqu’il ne disposât d’aucun emploi, quoiqu’il ne pût ni changer seulement une garnison, ni donner l’ordre, les états de Hollande écrivirent fortement à ceux de Gueldre pour les détourner d’une résolution qu’ils appelaient funeste. Un moment leur ôta ce pouvoir, dont ils avaient joui pendant près de cinquante années.

  1. Les auteurs de l’Art de vérifier les dates donnent le 8 mai pour jour de l’élection de Guillaume. Dès le 25 avril la ville de Veere en Zélande lui avait décerné le titre de stathouder ; plusieurs autres villes le lui donnèrent successivement. (B.)