Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/294

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juridiction, droit qu’aucun seigneur ne possède en Angleterre ; et ils sont d’ordinaire du parti que ce laird a embrassé.

Cette ancienne anarchie qu’on nomme le droit féodal subsistait dans cette partie de la Grande-Bretagne, stérile, pauvre, abandonnée à elle-même. Les habitants, sans industrie, sans aucune occupation qui leur assurât une vie douce, étaient toujours prêts à se précipiter dans les entreprises qui les flattaient de l’espérance de quelque butin. Il n’en était pas ainsi de l’Irlande, pays plus fertile, mieux gouverné par la cour de Londres, et dans lequel on avait encouragé la culture des terres et les manufactures. Les Irlandais commençaient à être plus attachés à leur repos et à leurs possessions qu’à la maison des Stuarts. Voilà pourquoi l’Irlande resta tranquille, et que l’Écosse fut en mouvement.

Depuis la réunion du royaume d’Écosse à celui de l’Angleterre sous la reine Anne, plusieurs Écossais qui n’étaient pas nommés membres du parlement de Londres, et qui n’étaient pas attachés à la cour par des pensions, étaient secrètement dévoués à la maison des Stuarts ; et en général les habitants des parties septentrionales, plutôt subjugués qu’unis, supportaient impatiemment cette réunion qu’ils regardaient comme un esclavage.

Les clans des seigneurs attachés à la cour, comme des ducs d’Argyle, d’Athol, de Queensbury, et d’autres, demeurèrent fidèles au gouvernement ; il en faut pourtant excepter un grand nombre qui furent saisis de l’enthousiasme de leurs compatriotes, et entraînés bientôt dans le parti d’un prince qui tirait son origine de leur pays, et qui excitait leur admiration et leur zèle.

Les sept hommes que le prince avait menés avec lui étaient le marquis de Tullibardine, frère du duc d’Athol, un Macdonald, Thomas Sheridan, Sullivan, désigné maréchal des logis de l’armée qu’on n’avait pas, Kelly Irlandais, et Strikland Anglais[1].

On n’avait pas encore rassemblé trois cents hommes autour de sa personne qu’on fit un étendard royal d’un morceau de taffetas apporté par Sullivan[2]. À chaque moment la troupe grossissait ; et le prince n’avait pas encore passé le bourg de Fenning[3] qu’il se vit à la tête de quinze cents combattants qu’il arma de fusils et de sabres dont il était pourvu.

Il renvoya en France la frégate sur laquelle il était venu, et

  1. Voltaire a oublié Buchanan, messager.
  2. Le morceau de taffetas avait été préparé pour étendard. Il portait même une devise, dit-on : Tandem triumphans. (G. A.)
  3. Ou plutôt Glenfinnin.