Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/295

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informa les rois de France et d’Espagne de son débarquement. Ces deux monarques lui écrivirent et le traitèrent de frère : non qu’ils le reconnussent solennellement pour héritier des couronnes de la Grande-Bretagne, mais ils ne pouvaient, en lui écrivant, refuser ce titre à sa naissance et à son courage ; ils lui envoyèrent à diverses reprises quelques secours d’argent, de munitions et d’armes. Il fallait que ces secours se dérobassent aux vaisseaux anglais qui croisaient à l’orient et à l’occident de l’Écosse. Quelques-uns étaient pris, d’autres arrivaient, et servaient à encourager le parti qui se fortifiait de jour en jour. Jamais le temps d’une révolution ne parut plus favorable. Le roi George alors était hors du royaume. Il n’y avait pas six mille hommes de troupes réglées dans l’Angleterre. Quelques compagnies du régiment de Sainclair marchèrent d’abord des environs d’Édimbourg contre la petite troupe du prince : elles furent entièrement défaites. Trente montagnards prirent quatre-vingts Anglais prisonniers avec leurs officiers et leurs bagages.

Ce premier succès augmentait le courage et l’espérance, et attirait de tous côtés de nouveaux soldats. On marchait sans relâche. Le prince Édouard, toujours à pied à la tête de ses montagnards, vêtu comme eux, se nourrissant comme eux, traverse le pays de Badenoch, le pays d’Athol, le Perthshire, s’empare de Perth, ville considérable dans l’Écosse. (15 septembre 1745) Ce fut là qu’il fut proclamé solennellement régent d’Angleterre, de France, d’Écosse, et d’Irlande, pour son père Jacques III. Ce titre de régent de France que s’arrogeait un prince à peine maître d’une petite ville d’Écosse, et qui ne pouvait se soutenir que par les secours du roi de France, était une suite de l’usage étonnant qui a prévalu que les rois d’Angleterre prennent le titre de rois de France ; usage qui devrait être aboli, et qui ne l’est pas parce que les hommes ne songent jamais à réformer les abus que quand ils deviennent importants et dangereux.

Le duc de Perth, le lord George Murray, arrivèrent alors à Perth, et firent serment au prince. Ils amenèrent de nouvelles troupes ; une compagnie entière d’un régiment écossais au service de la cour déserta pour se ranger sous ses drapeaux. Il prend Dunde, Drummond, Newbourg. On tint un conseil de guerre : les avis se partageaient sur la marche. Le prince dit qu’il fallait aller droit à Édimbourg, la capitale de l’Écosse. Mais comment espérer de prendre Édimbourg avec si peu de monde et point de canon ? Il avait des partisans dans la ville, mais tous les citoyens n’étaient pas pour lui. « Il faut me montrer, dit-il, pour les faire