Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/299

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lière, exige un siège régulier, et surtout du gros canon. Le prince n’en avait point. Il se vit obligé de permettre à la ville de faire avec le commandant Guest un accord par lequel la ville fournirait des vivres au château, et le château ne tirerait point sur elle.

Ce contre-temps ne parut pas déranger ses affaires. La cour de Londres le craignait beaucoup, puisqu’elle cherchait à le rendre odieux dans l’esprit des peuples : elle lui reprochait d’être né catholique romain, et de venir bouleverser la religion et les lois du pays. Il ne cessait de protester qu’il respecterait la religion et les lois, et que les anglicans et les presbytériens n’auraient pas plus à craindre de lui, quoique né catholique, que du roi George né luthérien. On ne voyait dans sa cour aucun prêtre[1] : il n’exigeait pas même que dans les paroisses on le nommât dans les prières, et il se contentait qu’on priât en général pour le roi et la famille royale sans désigner personne.

Le roi d’Angleterre était revenu en hâte, le 11 septembre, pour s’opposer aux progrès de la révolution ; la perte de la bataille de Preston-Pans l’alarma au point qu’il ne se crut pas assez fort pour résister avec les milices anglaises. Plusieurs seigneurs levaient des régiments de milices à leurs dépens en sa faveur, et le parti whig surtout, qui est le dominant en Angleterre, prenait à cœur la conservation du gouvernement qu’il avait établi, et de la famille qu’il avait mise sur le trône ; mais si le prince Édouard recevait de nouveaux secours et avait de nouveaux succès, ces milices mêmes pouvaient se tourner contre le roi George. Il exigea d’abord un nouveau serment des milices de la ville de Londres ; ce serment de fidélité portait ces propres mots : « J’abhorre, je déteste, je rejette comme un sentiment impie cette damnable doctrine, que des princes excommuniés par le pape peuvent être déposés et assassinés par leurs sujets ou quelque autre que ce soit, etc. » Mais il ne s’agissait ni d’excommunication ni du pape dans cette affaire, et quant à l’assassinat, on ne pouvait guère en craindre d’autres que celui qui avait été solennellement proposé au prix de trente mille livres sterling[2]. (14 septembre) On ordonna, selon l’usage pratiqué dans les temps de troubles depuis Guillaume III, à tous les prêtres catholiques de sortir de Londres et de son territoire. Mais ce n’étaient pas les prêtres catholiques qui étaient dangereux. Ceux de cette religion ne composaient qu’une petite

  1. Il avait un chapelain, le docteur Maclachlan ; mais il se rendait sans scrupule aux églises presbytériennes ou épiscopales. (G. A.)
  2. Voyez page 280.