Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/300

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partie du peuple d’Angleterre. C’était la valeur du prince Édouard qui était réellement à redouter ; c’était l’intrépidité d’une armée victorieuse animée par des succès inespérés. Le roi George se crut obligé de faire revenir six mille hommes des troupes de Flandre, et d’en demander encore six mille aux Hollandais, suivant les traités faits avec la république.

Les États-Généraux lui envoyèrent précisément les mêmes troupes qui, par la capitulation de Tournai et de Dendermonde, ne devaient servir de dix-huit mois[1]. Elles avaient promis de ne faire aucun service, « pas même dans les places les plus éloignées des frontières », et les États justifiaient cette infraction en disant que l’Angleterre n’était point place frontière. Elles devaient mettre bas les armes devant les troupes de France, mais on alléguait que ce n’était pas contre des Français qu’elles allaient combattre ; elles ne devaient passer à aucun service étranger, et on répondait qu’en effet elles n’étaient point dans un service étranger puisqu’elles étaient aux ordres et à la solde des États-Généraux.

C’est par de telles distinctions qu’on éludait la capitulation qui semblait la plus précise, mais dans laquelle on n’avait pas spécifié un cas que personne n’avait prévu.

Quoiqu’il se passât alors d’autres grands événements, je suivrai celui de la révolution d’Angleterre, et l’ordre des matières sera préféré à l’ordre des temps, qui n’en souffrira pas. Rien ne prouve mieux les alarmes que l’excès des précautions. Je ne puis m’empêcher de parler ici d’un artifice dont on se servit pour rendre la personne de Charles-Édouard odieuse dans Londres. On fit imprimer un journal imaginaire dans lequel on comparait les événements rapportés dans les gazettes, sous le gouvernement du roi George, à ceux qu’on supposait sous la domination d’un prince catholique.

« À présent, disait-on, nos gazettes nous apprennent, tantôt qu’on a porté à la Banque les trésors enlevés aux vaisseaux français et espagnols, tantôt que nous avons rasé Porto-Bello, tantôt que nous avons pris Louisbourg, et que nous sommes maîtres du commerce. Voici ce que nos gazettes diront sous la domination du prétendant : Aujourd’hui, il a été proclamé dans les marchés de Londres, par des montagnards et par des moines. Plusieurs maisons ont été brûlées, et plusieurs citoyens massacrés.

  1. Voyez, dans les Mélanges, à la date de 1745, les Représentations aux États-Généraux de Hollande.