Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/342

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nait une flatteuse en nommant La Bourdonnaie le vengeur de la France et la victime de l’envie.

Mais bientôt le public pardonna à son ennemi Dupleix, quand il défendit Pondichéry contre les Anglais, qui l’assiégèrent par terre et par mer. L’amiral Boscawen vint l’assiéger avec environ quatre mille soldats anglais ou hollandais, et autant d’Indiens, renforcés encore de la plupart des matelots de sa flotte, composée de vingt et une voiles. M. Dupleix fut à la fois commandant, ingénieur, artilleur, munitionnaire : ses soins infatigables furent surtout secondés par M. de Bussy[1], qui repoussa souvent les assiégeants à la tête d’un corps de volontaires. Tous les officiers y signalèrent un courage qui méritait la reconnaissance de la patrie. Cette capitale des colonies françaises, qu’on n’avait pas crue en état de résister, fut sauvée cette fois[2] (17 octobre 1748). Ce fut une des opérations qui valurent enfin à M. Dupleix le grand cordon de Saint-Louis, honneur qu’on n’avait jamais fait à aucun homme hors du service militaire. Nous verrons comme il devint le protecteur et le vainqueur des vice-rois de l’Inde, et quelle catastrophe suivit trop de gloire.


CHAPITRE XXX.

PAIX D’AIX-LA-CHAPELLE.


Dans ce flux et ce reflux de succès et de pertes, communs à presque toutes les guerres, Louis XV ne cessait d’être victorieux dans les Pays-Bas. Déjà Mastricht était prêt de se rendre au maréchal de Saxe, qui l’assiégeait, après la plus savante marche que jamais général eût faite, et de là on allait droit à Nimègue. Les Hollandais étaient consternés ; il y avait en France près de trente-cinq mille de leurs soldats prisonniers de guerre. Des désastres plus grands que ceux de l’année 1672 semblaient menacer cette

  1. Charles-Joseph Patissier, marquis de Bussy-Castelnau, mort à Pondichéry au commencement de 1785. (Cl.)
  2. Les Anglais levèrent le siège après quarante-deux jours de tranchée, et après avoir perdu douze cents soldats européens. (G. A.)