Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/343

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république : mais ce que la France gagnait d’un côté, elle le perdait de l’autre : ses colonies étaient exposées, son commerce périssait, elle n’avait plus de vaisseaux de guerre[1]. Toutes les nations souffraient, et toutes avaient besoin de la paix, comme dans les guerres précédentes. Près de sept mille vaisseaux marchands, soit de France, soit d’Espagne, ou d’Angleterre, ou de Hollande, avaient été pris dans le cours de ces déprédations réciproques : et de là on peut conclure que plus de cinquante mille familles avaient fait de grandes pertes. Joignez à ces désastres la multitude des morts, la difficulté des recrues ; c’est le sort de toute guerre. La moitié de l’Allemagne et de l’Italie, les Pays-Bas, étaient ravagés ; et pour accroître et prolonger tant de malheurs, l’argent de l’Angleterre et de la Hollande faisait venir trente-cinq mille Russes, qui étaient déjà dans la Franconie. On allait voir, vers les frontières de la France, les mêmes troupes qui avaient vaincu les Turcs et les Suédois.

Ce qui caractérisait plus particulièrement cette guerre, c’est qu’à chaque victoire que Louis XV avait remportée il avait offert la paix, et qu’on ne l’avait jamais acceptée. Mais enfin, quand on vit que Mastricht[2] allait tomber après Berg-op-Zoom, et que la Hollande était en danger, les ennemis demandèrent aussi cette paix, devenue nécessaire à tout le monde.

(16 octobre 1748) Le marquis de Saint-Séverin, l’un des plénipotentiaires de France au congrès d’Aix-la-Chapelle, commença par déclarer qu’il venait accomplir les paroles de son maître, « qui voulait faire la paix, non en marchand, mais en roi ».

Louis XV ne voulut rien pour lui, mais il fit tout pour ses

  1. Dans sa lettre au duc de Choiseul, du 12 novembre 1768, Voltaire se plaint de ce que l’éditeur a mis à la page 202 du quatrième tome (des Siècles de Louis XIV et Louis XV) une addition qu’il lui avait envoyée pour la page 142. Je pense que c’est ici que venait cette addition, qu’on avait mise dans le chapitre xxxv, où l’on lisait : « On était maître de la Flandre ; on était près de prendre Mastricht ; mais on manquait de pain dans toutes les parties méridionales de la France, et il n’y avait plus de vaisseaux de guerre en état de protéger les navires qui pouvaient amener des blés ; plus de secours, plus d’argent, plus de crédit. Ceux qu’on choisissait pour régir les finances étaient renvoyés après quelques mois d’administration. Les autres refusaient cet emploi, dans lequel on ne pouvait alors que faire du mal. »

    Cette disposition fut conservée dans l’édition in-4° et dans une édition in-12 du Précis du Siècle de Louis XV. Ce ne fut que dans l’édition de 1775 ou encadrée que les changements furent faits au chapitre xxxv. Voyez ci-après, page 373 ; mais jamais on n’a rétabli, dans le chapitre xxx, la portion qui me semble lui appartenir, c’est-à-dire le commencement de l’addition ci-dessus. (B.)

  2. Cette ville ayant capitulé le 7 mai 1748, le traité de paix définitif fut signé à Aix-la-Chapelle le 18 octobre suivant. (Cl.)