Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/350

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général et à la nation, mais ce fut le dernier de ses succès contre l’Angleterre.

On fut si indigné à Londres de n’avoir pu l’emporter sur mer contre les Français que l’amiral Byng, qui avait combattu le marquis de La Gallissonnière, fut, d’après ses instructions qui lui ordonnaient de tout risque pour faire entrer dans le port de Mahon un convoi qu’il escortait, condamné par une cour martiale à être arquebusé, en vertu d’une ancienne loi portée du temps de Charles II. En vain le maréchal de Richelieu envoya à l’auteur de cette histoire une déclaration qui justifiait l’amiral Byng, déclaration parvenue bientôt au roi d’Angleterre ; en vain les juges même recommandèrent fortement le condamné à la clémence du roi, qui a le droit de faire grâce : cet amiral fut exécuté[1]. Il était fils d’un autre amiral qui avait gagné la bataille de Messine en 1718. Il mourut avec une grande fermeté ; et avant d’être frappé, il envoya son mémoire justificatif à l’auteur, et ses remerciements au maréchal de Richelieu[2].


CHAPITRE XXXII.

GUERRE EN ALLEMAGNE. UN ÉLECTEUR DE BRANDEBOURG RÉSISTE À LA MAISON D’AUTRICHE, À L’EMPIRE ALLEMAND, À CELUI DE RUSSIE, À LA FRANCE. ÉVÉNEMENTS MÉMORABLES.


On avait admiré Louis XIV d’avoir seul résisté à l’Allemagne, à l’Angleterre, à l’Italie, à la Hollande, réunies contre lui. Nous avons vu un événement plus extraordinaire : un électeur de Brandebourg tenir seul contre les forces de la maison d’Autriche, de la France, de la Russie, de la Suède, et de la moitié de l’empire.

  1. Le 14 mars 1757. Voyez, dans la Correspondance, les lettres à Richelieu, du 20 décembre 1756, des 13 et 19 février 1757 ; à d’Argental, du 12 septembre 1757 ; à Schomberg, du 31 octobre 1769.
  2. Le jour qu’on investit le fort Saint-Philippe, le chevalier de Laurenci, Italien au service de France, trouva dans une maison de campagne appartenant à un commissaire de la marine anglaise, parmi ses papiers, la table des signaux de l’escadre anglaise. Le maréchal l’envoya à M. de La Gallissonnière, qui la reconnut pour très-exacte dès que l’amiral Byng eut fait des signaux. Ainsi, M. de La Gallissonnière acquit un grand avantage sur son ennemi. (Note de Voltaire.)