Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/360

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au duc de Cumberland. Les Anglais se crurent, non sans raison, dégagés de leur parole. La ratification de Versailles n’arriva que cinq jours après l’infortune de Robach. Il n’était plus temps : même avant la bataille de Rosbach la cour de Londres avait pris la résolulioM de rompre la convention ; le prince Ferdinand de Brunsvick était déjà choisi pour commander l’armée réfugiée sous Stade, et se proposait d’attaquer l’armée française, affaiblie et dispersée dans l’électorat d’Hanovre. La fermeté du maréchal de Richelieu et l’habileté du comte de Maillebois firent échouer ce projet. L’armée se rassembla sans perte, et de savantes manœuvres forcèrent l’armée du prince Ferdinand à se retirer, et à prendre ses quartiers. Mais le maréchal de Richelieu et le comte de Maillebois ayant été rappelés, les Anglais reprirent bientôt l’électorat d’Hanovre, et repoussèrent les Français jusque sur le Rhin.

Si la journée de Rosbach était inouïe, ce que fit le roi de Prusse après cette victoire inespérée fut encore plus extraordinaire. Il vole en Silésie, où les Autrichiens vainqueurs avaient défait ses troupes et s’étaient emparés de Schveidnitz et de Breslau. Sans son extrême diligence, la Silésie était perdue pour lui, et la bataille de Rosbach lui devenait inutile.

(5 décembre 1757) Il arrive au bout d’un mois vis-à-vis les Autrichiens. À peine arrivé, il les attaque avec furie. On combattit pendant cinq heures. Frédéric fut pleinement victorieux[1] ; il rentra dans Schveidnitz et dans Breslau. Ce ne fut depuis qu’une vicissitude continuelle de combats fréquents gagnés ou perdus. Les Français seuls furent presque toujours malheureux ; mais le gouvernement ne fut jamais découragé, et la France s’épuisa à faire marcher continuellement des armées en Allemagne.

Le roi de Prusse s’affaiblissait en combattant : les Russes lui prirent tout le royaume de Prusse, et dévastèrent sa Poméranie tandis qu’il dévastait la Saxe. Les Autrichiens, et ensuite les Russes, entrèrent dans Berlin. Presque tous les trésors de son père et ceux qu’il avait lui-même amassés étaient nécessairement dissipés dans cette guerre ruineuse pour tous les partis ; il fut obligé de recourir aux subsides de l’Angleterre. Les Autrichiens, les Français, et les Russes, ne se découragèrent jamais, et le poursuivirent toujours. Sa famille n’osait plus rester à Berlin, continuellement exposé : elle était réfugiée à Magdebourg ; pour lui, après tant de succès divers, il était, en 1762, retranché sous

  1. Bataille de Lissa ou Leuthen.