Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/411

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jésuites, fit dans ses États plusieurs règlements utiles qui réprimaient les abus monastiques ; et son ministre, très-estimé dans l’Europe[1], eut surtout la prudence de prévenir les prétentions de la cour de Rome, qui croyait être en droit de juger toutes les affaires contentieuses de Parme, Plaisance, et Guastalle, et de conférer tous les bénéfices. Ces prétentions étaient tirées premièrement de saint Pierre, qu’on prétend avoir été évêque de Rome ; secondement, de la comtesse Mathilde, qui avait donné Parme et Plaisance au pape Grégoire VII, avec plusieurs autres beaux domaines ; mais il n’a jamais été prouvé que saint Pierre ait été à Rome ; et il est prouvé qu’il ne donna aucun bénéfice dans Parme, Plaisance et Guastalle, et qu’il n’y jugea aucun procès.

Quant à la comtesse Mathilde, sœur de l’empereur Henri III, et tante de cet empereur Henri IV que les papes rendirent si malheureux, cette donation a toujours été regardée comme nulle par tous les jurisconsultes impériaux, n’étant pas permis de disposer d’aucun fief de l’empire sans le consentement du suzerain. On était même encore si persuadé, du temps de Charles-Quint, de l’invalidité des droits pontificaux que cet empereur s’empara de Plaisance lorsque le bâtard du pape Paul III, à qui son père avait donné cette ville, y fut assassiné pour ses débauches et pour ses violences. Charles-Quint garda même Plaisance jusqu’à sa mort.

Les empereurs réclamèrent toujours depuis la mouvance de Parme et de Plaisance, et enfin elle leur fut solennellement accordée au congrès de Cambrai et à celui de Soissons.

Dès que le pape Clément XIII sut que le duc de Parme, don Ferdinand, voulait régner comme les autres souverains, il assembla une congrégation de cardinaux, qui ne manqua pas de regarder la sage administration du duc de Parme et de ses ministres comme un sacrilège. Le pape signa dans Sainte-Marie-Majeure, le 30 janvier 1768, un bref pontifical dans lequel il commence par dire que Parme et Plaisance lui appartiennent, in ducatu nostro ; et que, le duc de Parme étant laïque et non pas prêtre, tout ce que fait son conseil est illégitime. Il excommunie tous ceux qui ont eu part aux édits du duc de Parme, sans exception ; il défend de leur donner l’absolution, en quelque cas que ce puisse être. Ce décret, scellé de l’anneau du pêcheur, fut affiché aux basiliques de Saint-Jean de Latran, de Saint-Pierre, et au champ de Flore.

  1. Ce ministre était un Français nommé du Tillot, et créé, par l’infant, marquis de Felino. C’est sous ce dernier nom qu’il est connu. (K.)