Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/439

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


[1] Quand on veut poser les limites entre l’autorité civile et les usages ecclésiastiques, quelles disputes interminables ! Où sont ces limites ? Qui conciliera les éternelles contradictions du fisc et de la jurisprudence ? Enfin pourquoi, dans les causes criminelles, les arrêts ne sont-ils jamais motivés ? Y a-t-il quelque honte à rendre raison de son jugement ? Pourquoi ceux qui jugent au nom du souverain ne présentent-ils pas au souverain leurs arrêts de mort avant qu’on les exécute ?

De quelque côté qu’on jette les yeux on trouve la contrariété, la dureté, l’incertitude, l’arbitraire. Enfin la vénalité de la magistrature est un opprobre dont la France seule, dans l’univers entier, est couverte, et dont elle a toujours souhaité d’être lavée. On a toujours regretté, depuis François ier, les temps où le simple jurisconsulte, blanchi dans l’étude des lois, parvenait, par son seul mérite, à rendre la justice qu’il avait défendue par ses veilles, par sa voix et par son crédit. Cicéron, Hortensius, et le premier Marc-Antoine, n’achetèrent point une charge de sénateur. En vain l’abbé de Bourzeys, dans son livre d’erreurs intitulé Testament politique du cardinal de Richelieu, a-t-il prétendu justifier la vente des dignités de la robe ; en vain d’autres auteurs, plus courtisans que citoyens, et plus inspirés par l’intérêt personnel que par l’amour de la patrie, ont-ils suivi les traces de l’abbé de Bourzeys ; une preuve que cette vente est un abus, c’est qu’elle ne fut produite que par un autre abus, par la dissipation des finances de l’État. C’est une simonie beaucoup plus funeste que la vente des bénéfices de l’Église : car si un ecclésiastique isolé achète un bénéfice simple, il n’en résulte ni bien ni mal pour la patrie dans laquelle il n’a nulle juridiction, il n’est comptable à personne ; mais la magistrature a l’honneur, la fortune et la vie des hommes entre ses mains. Nous cherchons[2] dans ce siècle à tout perfectionner, cherchons donc à perfectionner les lois.

  1. Cet alinéa et la première phrase du suivant sont extraits du paragraphe xxiii du Commentaire sur le livre Des Délits et des Peines. (B.)
  2. Cette dernière phrase est extraite du paragraphe xxiii du Commentaire sur le livre Des Délits et des Peines. (B.)