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CHAPITRE XLIII[1].

DES PROGRÈS DE L’ESPRIT HUMAIN DANS LE SIÈCLE DE LOUIS XV.


Un ordre entier de religieux aboli par la puissance séculière, la discipline de quelques autres ordres monastiques réformée par cette puissance, les divisions même entre toute la magistrature et l’autorité épiscopale, ont fait voir combien de préjugés se sont dissipés, combien la science du gouvernement s’est étendue, et à quel point les esprits se sont éclairés. Les semences de cette science utile furent jetées dans le dernier siècle ; elles ont germé de tous côtés dans celui-ci jusqu’au fond des provinces, avec la véritable éloquence qu’on ne connaissait guère qu’à Paris, et qui tout d’un coup a fleuri dans plusieurs villes : témoin les discours[2] sortis ou du parquet ou de l’assemblée des chambres de quelques parlements, discours qui sont des chefs-d’œuvre de l’art de penser et de s’exprimer, du moins à beaucoup d’égards. Du temps des d’Aguesseau, les seuls modèles étaient dans la capitale, et encore très-rares. Une raison supérieure s’est fait entendre dans nos derniers jours, du pied des Pyrénées au nord de la France. La philosophie, en rendant l’esprit plus juste, et en bannissant le ridicule d’une parure recherchée, a rendu plus d’une province l’émule de la capitale.

En général le barreau a quelquefois mieux connu cette jurisprudence universelle, puisée dans la nature, qui s’élève au-dessus de toutes les lois de convention, ou de simple autorité, lois souvent dictées par les caprices ou par des besoins d’argent : ressources dangereuses plus que lois utiles, qui se combattent sans cesse, et qui forment plutôt un chaos qu’un corps de législation, ainsi que nous l’avons dit[3].

Les académies ont rendu service en accoutumant les jeunes gens à la lecture, et en excitant par des prix leur génie avec leur émulation. La saine physique a éclairé les arts nécessaires, et ces arts ont commencé déjà à fermer les plaies de l’État, causées par

  1. Ce chapitre est de 1768. (B.)
  2. Voyez les discours de MM. de Montolar, de La Chalotais, de Castilhon, de Servan, et d’autres. (Note de Voltaire.)
  3. Voyez page 427.