Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/178

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de tout autre soin, ne s’occupa plus que de la guerre. Sa flotte était composée de quarante-trois vaisseaux : celui qu’il monta, nommé le roi Charles, le plus grand qu’on ait jamais vu, était de cent vingt pièces de canon ; le compte de Piper, son premier ministre, et le général Rehnsköld[1], s’y embarquèrent avec lui. Il joignit les escadres des alliés. La flotte danoise évita le combat, et laissa la liberté aux trois flottes combinées de s’approcher assez près de Copenhague pour y jeter quelques bombes.

Il est certain que ce fut le roi lui-même qui proposa alors au général Rehnsköld de faire une descente, et d’assiéger Copenhague par terre, tandis qu’elle serait bloquée par mer. Rehnsköld fut étonné d’une proposition qui marquait autant d’habileté que de courage dans un jeune prince sans expérience. Bientôt tout fut prêt pour la descente[2] ; les ordres furent donnés pour faire embarquer cinq mille hommes qui étaient sur les côtes de Suède, et qui furent joints aux troupes qu’on avait à bord. Le roi quitta son grand vaisseau, et monta une frégate plus légère : on commença par faire partir trois cents grenadiers dans de petites chaloupes. Entre ces chaloupes, de petits bateaux plats portaient des fascines, des chevaux de frise, et les instruments des pionniers : cinq cents hommes d’élite suivaient dans d’autres chaloupes ; après venaient les vaisseaux de guerre du roi, avec deux frégates anglaises et deux hollandaises, qui devaient favoriser la descente à coups de canon.

Copenhague, ville capitale du Danemark, est située dans l’île de Séeland, au milieu d’une belle plaine, ayant au nord-ouest le Sund, et à l’orient la mer Baltique, où était alors le roi de Suède. Au mouvement imprévu des vaisseaux qui menaçaient d’une descente, les habitants, consternés par l’inaction de leur flotte et par le mouvement des vaisseaux suédois, regardaient avec crainte en quel endroit fondrait l’orage : la flotte de Charles s’arrêta vis-à-vis Humblebek, à sept milles de Copenhague. Aussitôt les Danois rassemblent en cet endroit leur cavalerie. Des milices furent placées derrière d’épais retranchements, et l’artillerie qu’on put y conduire fut tournée contre les Suédois.

  1. Voltaire a écrit Renschild. (B.)
  2. À la place de tout ce qui précède on lisait d’abord : « Alors le roi, comme dans un transport soudain, prenant les mains du comte Piper et du général Renschild : « Ah ! dit-il, si nous profitions de l’occasion pour faire une descente, et pour assiéger Copenhague par terre, tandis qu’elle serait bloquée par mer ! » Renschild lui répondit : « Sire, le grand Gustave, après quinze ans d’expérience, n’eût pas fait une autre proposition. »