Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/218

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La perte de Schulenbourg paraissait inévitable ; cependant, après avoir sacrifié peu de soldats, il passa l’Oder pendant la nuit. Il sauva ainsi son armée, et Charles ne put s’empêcher de dire : « Aujourd’hui Schulenbourg nous a vaincus[1]. »

C’est ce même Schulenbourg qui fut depuis général des Vénitiens, et à qui la république a érigé une statue dans Corfou, pour avoir défendu contre les Turcs ce rempart de l’Italie. Il n’y a que les républiques qui rendent de tels honneurs[2] ; les rois ne donnent que des récompenses.

Mais ce qui faisait la gloire de Schulenbourg n’était guère utile au roi Auguste. Ce prince abandonna encore une fois la Pologne à ses ennemis ; il se retira en Saxe, et fit réparer avec précipitation les fortifications de Dresde, craignant déjà, non sans raison, pour la capitale de ses États héréditaires.

Charles XII voyait la Pologne soumise ; ses généraux, à son exemple, venaient de battre en Courlande plusieurs petits corps moscovites, qui, depuis la grande bataille de Narva, ne se montraient plus que par pelotons, et qui, dans ces quartiers, ne faisaient la guerre que comme des Tartares vagabonds, qui pillent, qui fuient, et qui reparaissent pour fuir encore.

Partout où se trouvaient les Suédois, ils se croyaient sûrs de la victoire quand ils étaient vingt contre cent. Dans de si heureuses conjonctures, Stanislas prépara son couronnement. La fortune, qui l’avait fait élire à Varsovie, et qui l’en avait chassé, l’y rappela encore aux acclamations d’une foule de noblesse que le sort des armes lui attachait. Une diète y fut convoquée ; tous les obstacles y furent aplanis ; il n’y eut que la cour de Rome seule qui le traversa.

Il était naturel qu’elle se déclarât pour le roi Auguste, qui, de protestant, s’était fait catholique pour monter sur le trône, contre Stanislas, placé sur le même trône par un grand ennemi de la religion catholique. Clément XI, alors pape, envoya des brefs à tous les prélats de Pologne, et surtout au cardinal primat, par lesquels il les menaçait de l’excommunication s’ils osaient assister au sacre de Stanislas, et attenter en rien contre les droits du roi Auguste.

  1. Montesquieu admirait ce récit. Voltaire a beaucoup retranché de la première version.
  2. Tout cet alinéa fut ajouté en 1756. Quelques années auparavant, le sénat de la république de Gênes avait décerné une statue au maréchal de Richelieu, pour sa défense de Gênes en 1747. (B.) — Voyez, tome X, page 353, l’épître de Voltaire à ce sujet, datée du 18 novembre 1748.