Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/224

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Suédois ; le régiment tout entier fut fait prisonnier de guerre. Dès le jour même ces Français demandèrent à servir Charles XII, et ils furent reçus à son service[1], par une destinée singulière qui les réservait à changer encore de vainqueur et de maître.

À l’égard des Moscovites, ils demandèrent la vie à genoux ; mais on les massacra inhumainement plus de six heures après le combat, pour punir sur eux les violences de leurs compatriotes, et pour se débarrasser de ces prisonniers dont on n’eût su que faire[2].

Auguste se vit alors sans ressources : il ne lui restait plus que Cracovie, où il s’était enfermé avec deux régiments de Moscovites, deux de Saxons, et quelques troupes de l’armée de la couronne, par lesquelles même il craignait d’être livré au vainqueur ; mais son malheur fut au comble quand il sut que Charles XII était enfin entré en Saxe le 1er septembre 1706.

(1706) Il avait traversé la Silésie sans daigner seulement en faire avertir la cour de Vienne. L’Allemagne était consternée ; la diète de Ratisbonne, qui représente l’empire, mais dont les résolutions sont souvent aussi infructueuses que solennelles, déclara le roi de Suède ennemi de l’empire s’il passait au delà de l’Oder avec son armée ; cela même le détermina à venir plus tôt en Allemagne.

À son approche les villages furent déserts ; les habitants fuyaient de tous côtés. Charles en usa alors comme à Copenhague ; il fit

  1. Le Mercure de janvier 1746 contient une lettre signée d’un sieur Popinet, qui annonce avoir fait partie du régiment français pris à Hochstedt en 1704, puis à Frauenstadt en 1706. Popinet relève ici quelques inexactitudes. À la bataille d’Hochstedt ce régiment fut pris par les Anglais ; et, dans le partage qui fut fait de tous les prisonniers, il resta dans le Virtemberg, la Souabe et la Franconie. Auguste, roi de Pologne, ayant obtenu de l’empereur la permission de lever huit cents hommes parmi ces prisonniers, en forma un régiment de grenadiers, dont il fit ses gardes à pied. Le colonel Joyeuse, voyant son régiment passer du côté de Charles XII, prit un drapeau qu’il voulait sauver. Poursuivi par une vingtaine de cavaliers suédois, il feignit de le vouloir remettre à un officier, auquel à l’instant il coupa la tête. Cette mort fut vengée sur-le-champ par celle de Joyeuse, qui reçut vingt coups de pistolet. Le régiment avait quitté l’armée saxonne parce que Charles XII avait fait circuler dans ses rangs des billets où il promettait de le faire passer en France. Mais dès le lendemain le monarque suédois, oubliant sa promesse, le prit à son service. (B.)
  2. C’est trois jours après la bataille qu’on accomplit ce massacre, et sur l’ordre de Charles XII.

    — Voltaire reparle de cette circonstance dans son Histoire de Russie sous Pierre le Grand, chapitre XV de la première partie ; et encore dans sa lettre à Schulenbourg, du 15 septembre 1740. Dans les éditions de 1731 à 1751 on lisait ici :

    « Le roi, en revenant de Lithuanie, apprit cette nouvelle victoire ; mais la satisfaction qu’il en reçut fut troublée par un peu de jalousie ; il ne put s’empêcher de dire : Rehnsköld ne voudra plus faire comparaison avec moi. »

    Cet alinéa fut supprimé en 1752. (B.)