Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/249

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quelques chevaux chargés d’or et d’argent. Toutefois il apportait au roi l’espérance de se soutenir, par ses intelligences, dans ce pays inconnu, et l’affection de tous les Cosaques, qui, enragés contre les Russes, arrivaient par troupes au camp, et le firent subsister.

Charles espérait au moins que son général Levenhaupt viendrait réparer cette mauvaise fortune. Il devait amener environ quinze mille Suédois qui valaient mieux que cent mille Cosaques, et apporter des provisions de guerre et de bouche. Il arriva à peu près dans le même état que Mazeppa.

Il avait déjà passé le Borysthène au-dessus de Mohilou, et s’était avancé vingt de nos lieues au delà, sur le chemin de l’Ukraine. Il amenait au roi un convoi de huit mille chariots, avec l’argent qu’il avait levé en Lithuanie sur sa route. Quand il fut vers le bourg de Lesno, près de l’endroit où les rivières de Pronia et Sossa se joignent pour aller tomber loin au-dessous dans le Borysthène, le czar parut à la tête de près de quarante mille hommes[1].

Le général suédois, qui n’en avait pas seize mille complets, ne voulut pas se retrancher. Tant de victoires avaient donné aux Suédois une si grande confiance qu’ils ne s’informaient jamais du nombre de leurs ennemis, mais seulement du lieu où ils étaient. Levenhaupt marcha donc à eux sans balancer, le 7 d’octobre 1708 après-midi. Dans le premier choc, les Suédois tuèrent quinze cents Moscovites. La confusion se mit dans l’armée du czar : on fuyait de tous côtés. L’empereur des Russes vit le moment où il allait être entièrement défait. Il sentait que le salut de ses États dépendait de cette journée, et qu’il était perdu si Levenhaupt joignait le roi de Suède avec une armée victorieuse. Dès qu’il vit que ses troupes commençaient à reculer, il courut à l’arrière-garde, où étaient des Cosaques et des Calmoucks : « Je vous ordonne, leur dit-il, de tirer sur quiconque fuira, et de me tuer moi-même si j’étais assez lâche pour me retirer. » De là il retourna à l’avant-garde, et rallia ses troupes lui-même, aidé du prince Menzikoff et du prince Gallitzin. Levenhaupt, qui avait des ordres pressants de rejoindre son maître, aima mieux continuer sa marche que recommencer le combat, croyant en avoir assez fait pour ôter aux ennemis la résolution de le poursuivre.

Dès le lendemain à onze heures, le czar l’attaqua au bord

  1. Il n’avait que quatorze mille sept cents hommes.