Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/256

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À la pointe du jour, les Suédois parurent hors de leurs tranchées avec quatre canons de fer pour toute artillerie : le reste fut laissé dans le camp avec environ trois mille hommes ; quatre mille demeurèrent au bagage : de sorte que l’armée suédoise marcha aux ennemis forte d’environ vingt et un mille hommes, dont il y avait environ seize mille Suédois[1].

Les généraux Rehnsköld, Roos, Levenhaupt, Slipenbach, Hoorn, Sparre, Hamilton, le prince de Vurtenberg, parent du roi, et quelques autres[2], dont la plupart avaient vu la bataille de Narva, faisaient tous souvenir les officiers subalternes de cette journée où huit mille Suédois avaient détruit une armée de quatre-vingt mille Moscovites dans un camp retranché. Les officiers le disaient aux soldats ; tous s’encourageaient en marchant.

Le roi conduisait la marche, porté sur un brancard à la tête de son infanterie[3]. Une partie de la cavalerie s’avança par son ordre pour attaquer celle des ennemis ; la bataille commença par cet engagement à quatre heures et demie du matin : la cavalerie ennemie était à l’occident, à la droite du camp moscovite : le prince Menzikoff et le comte Gollovin l’avaient disposée par intervalles entre des redoutes garnies de canons. Le général Slipenbach, à la tête des Suédois, fondit sur cette cavalerie. Tous ceux qui ont servi dans les troupes suédoises savent qu’il était presque impossible de résister à la fureur de leur premier choc. Les escadrons moscovites furent rompus et enfoncés. Le czar accourut lui-même pour les rallier ; son chapeau fut percé d’une balle de mousquet ; Menzikoff eut trois chevaux tués sous lui : les Suédois crièrent victoire.

Charles ne douta pas que la victoire ne fût gagnée ; il avait envoyé au milieu de la nuit le général Creutz avec cinq mille cavaliers ou dragons, qui devaient prendre les ennemis en flanc, tandis qu’il les attaquerait de front ; mais son malheur voulut que Creutz s’égarât, et ne parût point. Le czar, qui s’était cru perdu, eut le temps de rallier sa cavalerie. Il fondit à son tour sur celle du roi, qui, n’étant point soutenue par le détachement de Creutz, fut rompue à son tour : Slipenbach même fut fait prisonnier dans cet engagement. En même temps soixante et douze canons tiraient du camp sur la cavalerie suédoise, et l’infanterie rus-

  1. Dix à onze mille, selon la relation qui suit le journal d’Adlerfeld. (A. G.)
  2. Il est étonnant que Voltaire ne nomme pas ici l’officier suédois Stralemberg, qu’il cite plusieurs fois dans le chapitre Ier de la première partie de l’Histoire de Russie, et qu’il appelle même célèbre. (B.)
  3. Il resta au contraire presque toujours en arrière de son armée.