Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/332

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cendît d’une fille de Jacques, mais en vertu d’un acte du parlement de la nation.

George, appelé dans un âge avancé à gouverner un peuple dont il n’entendait point la langue, et chez qui tout lui était étranger, se regardait comme l’électeur de Hanovre plutôt que comme le roi d’Angleterre. Toute son ambition était d’agrandir ses États d’Allemagne. Il repassait presque tous les ans la mer pour revoir des sujets dont il était adoré. Au reste il se plaisait plus à vivre en homme qu’en maître. La pompe de la royauté était pour lui un fardeau pesant. Il vivait avec un petit nombre d’anciens courtisans qu’il admettait à sa familiarité. Ce n’était pas le roi de l’Europe qui eût le plus d’éclat ; mais il était un des plus sages, et le seul qui connût sur le trône les douceurs de la vie privée et de l’amitié. Tels étaient les principaux monarques, et telle la situation du midi de l’Europe.

Les changements arrivés dans le Nord étaient d’une autre nature. Ses rois étaient en guerre, et se réunissaient contre le roi de Suède.

Auguste était depuis longtemps remonté sur le trône de Pologne avec l’aide du czar et du consentement de l’empereur d’Allemagne, d’Anne d’Angleterre, et des États-Généraux, qui, tous garants du traité d’Alt-Rantstadt quand Charles XII imposait les lois, se désistèrent de leur garantie quand il ne fut plus à craindre.

Mais Auguste ne jouissait pas d’un pouvoir tranquille. La république de Pologne, en reprenant son roi, reprit bientôt ses craintes du pouvoir arbitraire : elle était en armes pour l’obliger à se conformer aux pacta conventa, contrat sacré entre les peuples et les rois, et semblait n’avoir rappelé son maître que pour lui déclarer la guerre. Dans les commencements de ces troubles, on n’entendait pas prononcer le nom de Stanislas ; son parti semblait anéanti, et on ne se ressouvenait en Pologne du roi de Suède que comme d’un torrent qui avait, pour un temps, changé le cours de toutes choses dans son passage.

Pultava et l’absence de Charles XII, en faisant tomber Stanislas, avaient aussi entraîné la chute du duc de Holstein, neveu de Charles, qui venait d’être dépouillé de ses États par le roi de Danemark. Le roi de Suède avait aimé tendrement le père : il était pénétré et humilié des malheurs du fils ; de plus, n’ayant rien fait en sa vie que pour la gloire, la chute des souverains qu’il avait faits ou rétablis fut pour lui aussi sensible que la perte de tant de provinces.