Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/389

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assez forte que Pierre le Grand a bâti sur un fondement ferme et durable.

Il est même de tous les législateurs, après Mahomet, celui dont le peuple s’est le plus signalé après lui. Les Romulus et les Thésée n’en approchent pas[1].

Une preuve assez belle qu’on doit tout en Russie à Pierre le Grand est ce qui arriva dans la cérémonie de l’action de grâces rendue à Dieu, selon l’usage, dans la cathédrale de Pétersbourg, pour la victoire du comte d’Orlof, qui brûla la flotte ottomane tout entière en 1770.

Le prédicateur, nommé Platon[2], et digne de ce nom, passa, au milieu de son discours, de la chaire où il parlait au tombeau de Pierre le Grand, et, embrassant la statue de ce fondateur : « C’est toi, dit-il, qui as remporté cette victoire, c’est toi qui as construit parmi nous le premier vaisseau, etc., etc. » Ce trait, que nous avons rapporté ailleurs[3], et qui charmera la postérité la plus reculée, est, comme la conduite de plusieurs officiers russes, un exemple du sublime.

Un comte de Schouvaloff[4], chambellan de l’impératrice Élisabeth, l’homme de l’empire peut-être le plus instruit, voulut, en 1759, communiquer à l’historien de Pierre les documents authentiques nécessaires, et on n’a écrit que d’après eux.

§ II.

Le public a quelques prétendues histoires de Pierre le Grand ; la plupart ont été composées sur des gazettes. Celle qu’on a donnée à Amsterdam, en quatre volumes, sous le nom du boïard Nestesu-

  1. Le czar Pierre avait des États immenses, beaucoup d’hommes et de productions ; il forma une armée et une flotte, et dès lors il eut forme un puissant empire. Rome n’était qu’un village, et en quatre siècles de victoires continuelles elle forma un empire six fois plus peuplé que celui de Russie et six fois plus grand, si on ne compte pas les déserts pour des provinces. (K.)
  2. Il était archevêque de Twer ; voyez la lettre de Voltaire à Catherine, du 15 mai 1771.
  3. Dans l’article Église de ses Questions sur l’Encyclopédie, publié en 1771, et faisant partie du Dictionnaire philosophique, Voltaire avait parlé des « sermons que l’ancien Platon grec n’aurait pas désavoués » ; mais il n’en citait aucun trait. (B.)
  4. Jean Schouvaloff, fils du favori de la czarine Élisabeth, Pierre Schouvaloff, avait la direction des arts en Russie. Il vint saluer Voltaire à Ferney de la part de Catherine II en 1763. (G. A.) — On trouvera dans la Correspondance, aux années 1757 à 1762, 1767, 1768, 1769, 1771 et 1773, un assez grand nombre de lettres de Voltaire à ce seigneur russe.