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CHAPITRE LI.

DU MARIAGE DE GASTON DE FRANCE AVEC MARGUERITE DE LORRAINE, CASSÉ PAR LE PARLEMENT DE PARIS ET PAR L’ASSEMBLÉE DU CLERGÉ.

Gaston, frère unique de Louis XIII, avait épousé en 1631, à Nancy, Marguerite, sœur du duc de Lorraine Charles IV. Toutes les formalités alors requises avaient été observées. II n’était âgé que d’environ vingt-quatre ans ; mais la reine sa mère et le duc de Lorraine avaient autorisé et pressé ce mariage. Le contrat avait été communiqué au pape Urbain VIII, et en conséquence le cardinal de Lorraine, évêque de Toul, dans le diocèse duquel Nancy se trouvait alors, donna les dispenses de la publication des bans. Les époux furent mariés en présence de témoins, et deux ans après, quand Gaston eut vingt-cinq ans, ils ratifièrent solennellement cette cérémonie dans l’église cathédrale de Malines, pour suppléer d’une manière authentique à tout ce qui pouvait avoir été omis. Ils s’aimaient, ils étaient bien éloignés l’un et l’autre de se plaindre d’une union que le pape et toute l’Europe regardaient comme légitime et indissoluble. Mais ce mariage alarmait le cardinal de Richelieu, qui voyait la reine mère, le frère du roi, héritier présomptif, et le duc de Lorraine, ligués contre lui.

Louis XIII ne pensa pas autrement que son ministre. II fallut faire penser le parlement et le clergé comme eux, et les engager à casser le mariage. On alléguait que Gaston s’était marié contre la volonté du roi son frère ; mais il n’y avait point de loi expresse qui portât qu’un mariage serait nul quand le roi n’y aurait pas consenti. Gaston avait personnellement offensé son frère ; mais le mariage d’un cadet était-il nul par cette seule raison qu’il déplaisait à l’aîné ? Louis XI, étant dauphin, avait épousé la fille d’un duc de Savoie malgré le roi son père, et avait fui du royaume avec elle sans que jamais Charles VII entreprit de traiter cette union d’illégitime.

On regardait le mariage comme un sacrement et comme un engagement civil. En qualité de sacrement, c’était « le signe visible d’une chose invisible, un mystère, un caractère indélébile, que la mort seule peut effacer » ; et quelque idée que l’Église