Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/402

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instruit rectifie. Cette géographie vous présente souvent des villes grandes, fortifiées, peuplées, qui ne sont plus que des bourgs presque déserts : il est aisé alors de s’apercevoir que le temps a tout changé ; l’auteur a consulté des anciens, et ce qui était vrai de leur temps ne l’est plus aujourd’hui.

On se trompe encore en tirant des inductions, Pierre le Grand abolit le patriarcat. Hubner ajoute qu’il se déclara patriarche lui-même. Des anecdotes prétendues de Russie vont plus loin, et disent qu’il officia pontificalement ; ainsi d’un fait avéré on tire des conclusions erronées, ce qui n’est que trop commun.

Ce que j’ai appelé mensonge historique est plus commun encore ; c’est ce que la flatterie, la satire, ou l’amour insensé du merveilleux, font inventer. L’historien qui, pour plaire à une famille puissante, loue un tyran est un lâche, celui qui veut flétrir la mémoire d’un bon prince est un monstre, et le romancier qui donne ses imaginations pour la vérité est méprisé. Tel qui autrefois faisait respecter des fables par des nations entières ne serait pas lu aujourd’hui des derniers des hommes.

Il y a des critiques plus menteurs encore, qui altèrent des passages, ou qui ne les entendent pas ; qui, inspirés par l’envie, écrivent avec ignorance contre des ouvrages utiles : ce sont les serpents qui rongent la lime, il faut les laisser faire.