Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/410

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leur tannée, quoique les autres peuples septentrionaux soient blancs ; presque tous petits, tandis que leurs voisins et les peuples d’Islande, sous le cercle polaire, sont d’une haute stature ; ils semblent faits pour leur pays montueux, agiles, ramassés, robustes ; la peau dure, pour mieux résister au froid ; les cuisses, les jambes déliées, les pieds menus, pour courir plus légèrement au milieu des rochers dont leur terre est toute couverte ; aimant passionnément leur patrie, qu’eux seuls peuvent aimer, et ne pouvant même vivre ailleurs. On a prétendu, sur la foi d’Olaüs, que ces peuples étaient originaires de Finlande, et qu’ils se sont retirés dans la Laponie, où leur taille a dégénéré. Mais pourquoi n’auraient-ils pas choisi des terres moins au nord, où la vie eût été plus commode ? pourquoi leur visage, leur figure, leur couleur, tout diffère-t-il entièrement de leurs prétendus ancêtres ? Il serait peut-être aussi convenable de dire que l’herbe qui croît en Laponie vient de l’herbe du Danemark, et que les poissons particuliers à leurs lacs viennent des poissons de Suède. Il y a grande apparence que les Lapons sont indigènes, comme leurs animaux sont une production de leur pays, et que la nature les a faits les uns pour les autres.

Ceux qui habitent vers la Finlande ont adopté quelques expressions de leurs voisins, ce qui arrive à tous les peuples ; mais quand deux nations donnent aux choses d’usage, aux objets qu’elles voient sans cesse, des noms absolument différents, c’est une grande présomption qu’un de ces peuples n’est pas une colonie de l’autre. Les Finlandais appellent un ours karu, et les Lapons, muriet ; le soleil, en finlandais, se nomme auringa ; en langue laponne, beve. Il n’y a là aucune analogie. Les habitants de Finlande et de la Laponie suédoise ont adoré autrefois une idole qu’ils nommaient Iumalac ; et depuis le temps de Gustave-Adolphe, auquel ils doivent le nom de luthériens, ils appellent Jésus-Christ le fils d’Iumalac. Les Lapons moscovites sont aujourd’hui censés de l’Église grecque ; mais ceux qui errent vers les montagnes septentrionales du cap Nord se contentent d’adorer un Dieu sous quelques formes grossières, ancien usage de tous les peuples nomades.

Cette espèce d’hommes peu nombreuse a très-peu d’idées, et ils sont heureux de n’en avoir pas davantage : car alors ils auraient de nouveaux besoins qu’ils ne pourraient satisfaire : ils vivent contents et sans maladies, en ne buvant guère que de l’eau dans le climat le plus froid, et arrivent à une longue vieillesse. La coutume qu’on leur imputait de prier les étrangers de faire à