Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/411

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leurs femmes et à leurs filles l’honneur de s’approcher d’elles vient probablement du sentiment de la supériorité qu’ils reconnaissaient dans ces étrangers, en voulant qu’ils pussent servir à corriger les défauts de leur race. C’était un usage établi chez les peuples vertueux de Lacédémone. Un époux priait un jeune homme bien fait de lui donner de beaux enfants qu’il pût adopter. La jalousie et les lois empêchent les autres hommes de donner leurs femmes ; mais les Lapons étaient presque sans lois, et probablement n’étaient point jaloux.

MOSCOU.

Quand on a remonté la Duina du nord au sud, on arrive au milieu des terres à Moscou, la capitale de l’empire. Cette ville fut longtemps le centre des États russes, avant qu’on se fût étendu du côté de la Chine et de la Perse.

Moscou, situé par le 55° degré et demi de latitude, dans un terrain moins froid et plus fertile que Pétersbourg, est au milieu d’une vaste et belle plaine, sur la rivière de Moska[1], et de deux autres petites qui se perdent avec elle dans l’Occa, et vont ensuite grossir le fleuve du Volga. Cette ville n’était, au xiiie siècle, qu’un assemblage de cabanes peuplées de malheureux opprimés par la race de Gengis-kan.

Le Kremelin[2], qui fut le séjour des grands-ducs, n’a été bâti qu’au xiiie siècle, tant les villes ont peu d’antiquité dans cette partie du monde. Ce Kremelin fut construit par des architectes italiens, ainsi que plusieurs églises, dans ce goût gothique, qui était alors celui de toute l’Europe ; il y en a deux du célèbre Aristote de Bologne, qui florissait au xve siècle ; mais les maisons des particuliers n’étaient que des huttes de bois.

Le premier écrivain qui nous fit connaître Moscou est Oléarius[3] qui, en 1633, accompagna une ambassade d’un duc de Holstein, ambassade aussi vaine dans sa pompe qu’inutile dans son objet. Un Holstenois devait être frappé de l’immensité de Moscou, de ses cinq enceintes, du vaste quartier des czars, et

  1. En russe, Moskwa. (Note de Voltaire). — « À l’égard de l’orthographe, écrivait Voltaire à Schouvaloff, on demande la permission de se conformer à l’usage de la langue dans laquelle on écrit. On mettra au bas des pages les noms propres tels qu’on les prononce dans la langue russe. »
  2. En russe Kremln. (Id.)
  3. Voyages en Moscovie, Tartarie et Perse, 1647, traduits par Vicquefort, 1656-66.