Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/421

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adorer dans l’emblème de cet animal la divinité qui l’a fait naître pour l’homme. Quelques auteurs prétendent que ces Ostiaks adorent une peau d’ours, attendu qu’elle est plus chaude que celle de mouton ; il se peut qu’ils n’adorent ni l’une ni l’autre.

Les Ostiaks ont aussi d’autres idoles dont ni l’origine ni le culte ne méritent pas plus notre attention que leurs adorateurs. On a fait chez eux quelques chrétiens vers l’an 1712 ; ceux-là sont chrétiens comme nos paysans les plus grossiers, sans savoir ce qu’ils sont. Plusieurs auteurs prétendent que ce peuple est originaire de la grande Permie ; mais cette grande Permie est presque déserte : pourquoi ses habitants se seraient-ils établis si loin et si mal ? Ces obscurités ne valent pas nos recherches. Tout peuple qui n’a point cultivé les arts doit être condamné à être inconnu.

C’est surtout chez ces Ostiaks, chez les Burates, et les Jakutes, leurs voisins, qu’on trouva souvent dans la terre de cet ivoire dont on n’a jamais pu savoir l’origine : les uns le croient un ivoire fossile ; les autres, les dents d’une espèce d’éléphant dont la race est détruite. Dans quel pays ne trouve-t-on pas des productions de la nature qui étonnent et qui confondent la philosophie ?

Plusieurs montagnes de ces contrées sont remplies de cet amiante, de ce lin incombustible dont on fait tantôt de la toile, tantôt une espèce de papier.

Au midi des Ostiaks sont les Burates, autre peuple qu’on n’a pas encore rendu chrétien. À l’est il y a plusieurs hordes qu’on n’a pu entièrement soumettre. Aucun de ces peuples n’a la moindre connaissance du calendrier. Ils comptent par neiges, et non par la marche apparente du soleil : comme il neige régulièrement et longtemps chaque hiver, ils disent je suis âgé de tant de neiges, comme nous disons j’ai tant d’années.

Je dois rapporter ici ce que raconte l’officier suédois Stralemberg, qui, ayant été pris à Pultava, passa quinze ans en Sibérie, et la parcourut tout entière ; il dit qu’il y a encore des restes d’un ancien peuple dont la peau est bigarrée et tachetée ; qu’il a vu des hommes de cette race ; et ce fait m’a été confirmé par des Russes nés à Tobolsk. Il semble que la variété des espèces humaines ait beaucoup diminué ; on trouve peu de ces races singulières que probablement les autres ont exterminées : par exemple, il y a très-peu de ces Maures blancs ou de ces Albinos, dont un a été présenté à l’Académie des sciences de Paris[1], et que j’ai vu.

  1. En 1744 ; voyez dans les Mélanges, à cette date, la Relation concernant un Maure blanc. — Les Albinos ne sont pas une race particulière, ainsi qu’on l’a déjà