Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/494

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Dans ce temps-là même il tend toujours la main au roi de Pologne ; il lui envoie[1] douze mille hommes d’infanterie et un subside de trois cent mille roubles, qui font plus de quinze cent mille francs de notre monnaie. Nous avons déjà remarqué[2] qu’il n’avait qu’environ cinq millions de roubles de revenu ; les dépenses pour ses flottes, pour ses armées, pour tous ses nouveaux établissements, devaient l’épuiser. Il avait fortifié presque à la fois Novogorod, Pleskow, Kiovie, Smolensko, Azof, Archangel. Il fondait une capitale. Cependant il avait encore de quoi secourir son allié d’hommes et d’argent. Le Hollandais Corneille le Bruyn, qui voyageait vers ce temps-là en Russie, et avec qui Pierre s’entretint, comme il faisait avec tous les étrangers, rapporte que le czar lui dit qu’il avait encore trois cent mille roubles de reste dans ses coffres, après avoir pourvu à tous les frais de la guerre.

Pour mettre sa ville naissante de Pétersbourg hors d’insulte, il va lui-même sonder la profondeur de la mer, assigne l’endroit où il doit élever le fort Cronslot, en fait un modèle en bois, et laisse à Menzikoff le soin de faire exécuter l’ouvrage sur son modèle. De là il va passer l’hiver à Moscou[3] pour y établir insensiblement tous les changements qu’il fait dans les lois, dans les mœurs, dans les usages. Il règle ses finances, et y met un nouvel ordre ; il presse les ouvrages entrepris sur la Véronise, dans Azof, dans un port qu’il établissait sur les Palus-Méotides, sous le fort de Taganrock.

La Porte, alarmée, lui envoya[4] un ambassadeur pour se plaindre de tant de préparatifs ; il répondit qu’il était le maître dans ses États, comme le Grand Seigneur dans les siens, et que ce n’était point enfreindre la paix que de rendre la Russie respectable sur le Pont-Euxin.

Retourné à Pétersbourg[5], il trouva sa nouvelle citadelle de Cronslot fondée dans la mer, et achevée ; il la garnit d’artillerie. Il fallait, pour s’affermir dans l’Ingrie, et pour réparer entièrement la disgrâce essuyée devant Narva, prendre enfin cette ville. Tandis qu’il fait les préparatifs de ce siége, une petite flotte de brigantins suédois paraît sur le lac Peipus pour s’opposer à ses desseins. Les demi-galères russes vont à sa rencontre, l’attaquent, et la prennent tout entière : elle portait quatre-vingt-dix-huit

  1. Novembre. (Note de Voltaire.)
  2. Page 42.
  3. 5 novembre. (Note de Voltaire.)
  4. Janvier 1704. (Id.)
  5. 30 mars. (Id.)