Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/552

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qu’il avait tant offensé quand il traversa la Silésie en vainqueur. L’empereur s’en vengeait en l’abandonnant à sa mauvaise fortune, et en ne donnant aucune protection aux États que la Suède possédait encore en Allemagne.

Il eût été aisé de dissiper la ligue qu’on formait contre lui. Il n’avait qu’à céder Stetin au premier roi de Prusse, Frédéric, électeur de Brandebourg, qui avait des droits très-légitimes sur cette partie de la Poméranie ; mais il ne regardait pas alors la Prusse comme une puissance prépondérante : ni Charles ni personne ne pouvait prévoir que le petit royaume de Prusse, presque désert, et l’électorat de Brandebourg, deviendraient formidables. Il ne voulut consentir à aucun accommodement ; et, résolu de rompre plutôt que de plier, il ordonna qu’on résistât de tous côtés sur mer et sur terre. Ses États étaient presque épuisés d’hommes et d’argent ; cependant on obéit : le sénat de Stockholm équipa une flotte de treize vaisseaux de ligne ; on arma des milices ; chaque habitant devint soldat. Le courage et la fierté de Charles XII semblèrent animer tous ses sujets, presque aussi malheureux que leur maître.

Il est difficile de croire que Charles eût un plan réglé de conduite. Il avait encore un parti en Pologne, qui, aidé des Tartares de Crimée, pouvait ravager ce malheureux pays, mais non pas remettre le roi Stanislas sur le trône ; son espérance d’engager la Porte-Ottomane à soutenir ce parti, et de prouver au divan qu’il devait envoyer deux cent mille hommes à son secours, sous prétexte que le czar défendait en Pologne son allié Auguste, était une espérance chimérique.

Il attendait à Bender l’effet de tant de vaines intrigues ; et les Russes, les Danois, les Saxons, étaient en Poméranie. Pierre mena son épouse à cette expédition[1]. Déjà le roi de Danemark s’était emparé de Stade, ville maritime du duché de Brème ; les armées russe, saxonne, et danoise, étaient devant Stralsund.

Ce fut alors[2] que le roi Stanislas, voyant l’état déplorable de tant de provinces, l’impossibilité de remonter sur le trône de Pologne, et tout en confusion par l’absence obstinée de Charles XII, assembla les généraux suédois qui défendaient la Poméranie avec une armée d’environ dix à onze mille hommes, seule et dernière ressource de la Suède dans ces provinces.

Il leur proposa un accommodement avec le roi Auguste, et

  1. Septembre 1712. (Note de Voltaire.)
  2. Octobre 1712. (Id.)