Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/555

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remporté une victoire complète. Il était, comme tous les autres généraux de Charles XII, actif et intrépide ; mais sa valeur était souillée par la férocité. C’est lui qui, après un combat contre les Russes, ayant ordonné qu’on tuât tous les prisonniers, aperçut un officier polonais du parti du czar, qui se jetait à l’étrier de Stanislas, et que ce prince tenait embrassé pour lui sauver la vie ; Stenbock le tua d’un coup de pistolet entre les bras du prince, comme il est rapporté dans la vie de Charles XII[1], et le roi Stanislas a dit à l’auteur qu’il aurait cassé la tête à Stenbock s’il n’avait été retenu par son respect et par sa reconnaissance pour le roi de Suède.

Le général Stenbock marcha donc[2], dans le chemin de Vismar, aux Russes, aux Saxons et aux Danois réunis. Il se trouva vis-à-vis l’armée danoise et saxonne, qui précédait les Russes, éloignés de trois lieues. Le czar envoie trois courriers coup sur coup au roi de Danemark pour le prier de l’attendre, et pour l’avertir du danger qu’il court s’il combat les Suédois sans être supérieur en forces. Le roi de Danemark ne voulut point partager l’honneur d’une victoire qu’il croyait sûre : il s’avança contre les Suédois, et les attaqua près d’un endroit nommé Gadebesk. On vit encore à cette journée quelle était l’inimitié naturelle entre les Suédois et les Danois. Les officiers de ces deux nations s’acharnaient les uns contre les autres, et tombaient morts percés de coups.

Stenbock remporta la victoire avant que les Russes pussent arriver à portée du champ de bataille ; il reçut quelques jours après la réponse du roi son maître, qui condamnait toute idée d’armistice : il disait qu’il ne pardonnerait cette démarche honteuse qu’en cas qu’elle fût réparée ; et que, fort ou faible, il fallait vaincre ou périr. Stenbock avait déjà prévenu cet ordre par la victoire.

Mais cette victoire fut semblable à celle qui avait consolé un moment le roi Auguste quand, dans le cours de ses infortunes, il gagna la bataille de Calish contre les Suédois, vainqueurs de tous côtés. La victoire de Calish ne fit qu’aggraver les malheurs d’Auguste, et celle de Gadebesk recula seulement la perte de Stenbock et son armée.

Le roi de Suède, en apprenant la victoire de Stenbock, crut ses affaires rétablies : il se flatta même de faire déclarer l’empire

  1. Voltaire n’en a parlé dans aucune édition de son Histoire de Charles XII, mais dans le chapitre XV de la première partie de son Histoire de Pierre le Grand ; voyez page 491.
  2. 9 décembre 1712. (Note de Voltaire.)