Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/617

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Une telle fête nous paraît bien bizarre ; mais l’est-elle plus que nos divertissements du carnaval ? est-il plus beau de voir cinq cents personnes, portant sur le visage des masques hideux, et sur le corps des habits ridicules, sauter toute une nuit dans une salle sans se parler.

Nos anciennes fêtes des fous, et de l’âne, et de l’abbé des cornards, dans nos églises, étaient-elles plus majestueuses ? et nos comédies de la Mère sotte montraient-elles plus de génie ?


CHAPITRE XV.
DES NÉGOCIATIONS D’ALAND. DE LA MORT DE CHARLES XII. DE LA PAIX DE NEUSTADT.

Ces travaux immenses du czar, ce détail de tout l’empire russe, et le malheureux procès du prince Alexis, n’étaient pas les seules affaires qui l’occupassent : il fallait se couvrir au dehors, en réglant l’intérieur de ses États. La guerre continuait toujours avec la Suède, mais mollement, et ralentie par les espérances d’une paix prochaine.

Il est constant que, dans l’année 1717, le cardinal Albéroni, premier ministre de Philippe V, roi d’Espagne, et le baron de Görtz, devenu maître de l’esprit de Charles XII, avaient voulu changer la face de l’Europe en réunissant Pierre avec Charles, en détrônant le roi d’Angleterre George Ier, en rétablissant Stanislas en Pologne, tandis qu’Albéroni donnerait à Philippe son maître la régence de la France. Görtz s’était, comme on a vu[1], ouvert au czar même. Albéroni avait entamé une négociation avec le prince Kourakin, ambassadeur du czar à la Haye, par l’ambassadeur d’Espagne, Baretti Landi, Mantouan transplanté en Espagne ainsi que le cardinal.

C’étaient des étrangers qui voulaient tout bouleverser pour des maîtres dont ils n’étaient pas nés sujets, ou plutôt pour eux-mêmes. Charles XII donna dans tous ces projets, et le czar se contenta de les examiner. Il n’avait fait, dès l’année 1716, que de

  1. Pages 563-64.