Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/619

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en Écosse une armée. Charles XII, après avoir conquis la Norvége, devait descendre en personne dans la Grande-Bretagne, et se flattait d’y faire un nouveau roi, après en avoir fait un en Pologne. Le cardinal Albéroni promettait des subsides à Pierre et à Charles. Le roi George, en tombant, entraînait probablement dans sa chute le régent de France son allié, qui, demeurant sans support, était livré à l’Espagne triomphante et à la France soulevée.

Albéroni et Görtz se croyaient sur le point de bouleverser l’Europe d’un bout à l’autre. Une balle de couleuvrine, lancée au hasard des bastions de Frédrickhall, en Norvége, confondit tous ces projets : Charles XII fut tué ; la flotte d’Espagne fut battue par les Anglais ; la conjuration fomentée en France, découverte et dissipée ; Albéroni, chassé d’Espagne ; Görtz, décapité à Stockholm ; et de toute cette ligue terrible, à peine commencée, il ne resta de puissant que le czar, qui, ne s’étant compromis avec personne, donna la loi à tous ses voisins.

Toutes les mesures furent changées en Suède après la mort de Charles XII : il avait été despotique, et on n’élut sa sœur Ulrique reine qu’à condition qu’elle renoncerait au despotisme. Il avait voulu s’unir avec le czar contre l’Angleterre et ses alliés, et le nouveau gouvernement suédois s’unit à ces alliés contre le czar.

Le congrès d’Aland ne fut pas à la vérité rompu ; mais la Suède, liguée avec l’Angleterre, espéra que des flottes anglaises, envoyées dans la Baltique, lui procureraient une paix plus avantageuse. Les troupes hanovriennes entrèrent dans les États du duc de Mecklenbourg[1] ; mais les troupes du czar les en chassèrent.

Il entretenait aussi un corps de troupes en Pologne, qui en imposait à la fois aux partisans d’Auguste et à ceux de Stanislas ; et à l’égard de la Suède, il tenait une flotte prête qui devait, ou faire une descente sur les côtes, ou forcer le gouvernement suédois à ne pas faire languir le congrès d’Aland. Cette flotte fut composée de douze grands vaisseaux de ligne, de plusieurs du second rang, de frégates et de galères : le czar en était le vice-amiral, commandant toujours sous l’amiral Apraxin.

Une escadre de cette flotte se signala d’abord contre une escadre suédoise, et, après un combat opiniâtre, prit un vaisseau et deux frégates. Pierre, qui encourageait par tous les moyens possibles la marine qu’il avait créée, donna soixante mille livres de notre monnaie aux officiers de l’escadre, des médailles d’or, et surtout des marques d’honneur.

  1. Février 1719. (Note de Voltaire.)