Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/635

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jamais paru : négligence bien étonnante dans un législateur, et qui prouve qu’il n’avait pas cru sa maladie mortelle.

On ne savait point, à l’heure de sa mort, qui remplirait son trône : il laissait Pierre, son petit-fils, né de l’infortuné Alexis ; il laissait sa fille aînée, la duchesse de Holstein. Il y avait une faction considérable en faveur du jeune Pierre. Le prince Menzikoff, lié avec l’impératrice Catherine dans tous les temps, prévint tous les partis et tous les desseins. Pierre était prêt d’expirer quand Menzikoff fit passer l’impératrice dans une salle où leurs amis étaient déjà assemblés ; on fait transporter le trésor à la forteresse, on s’assure des gardes ; le prince Menzikoff gagna l’archevêque de Novogorod ; Catherine tint avec eux et avec un secrétaire de confiance, nommé Macarof, un conseil secret où assista le ministre du duc de Holstein.

L’impératrice, au sortir de ce conseil, revint auprès de son époux mourant, qui rendit les derniers soupirs entre ses bras. Aussitôt les sénateurs, les officiers généraux, accoururent au palais ; l’impératrice les harangua ; Menzikoff répondit en leur nom ; on délibéra, pour la forme, hors de la présence de l’impératrice. L’archevêque de Plescow, Théophane, déclara que l’empereur avait dit, la veille du couronnement de Catherine, qu’il ne la couronnait que pour la faire régner après lui ; toute l’assemblée signa la proclamation, et Catherine succéda à son époux le jour même de sa mort.

Pierre le Grand fut regretté en Russie de tous ceux qu’il avait formés, et la génération qui suivit celle des partisans des anciennes mœurs le regarda bientôt comme son père. Quand les étrangers ont vu que tous ses établissements étaient durables, ils ont eu pour lui une admiration constante, et ils ont avoué qu’il avait été inspiré plutôt par une sagesse extrordinaire que par l’envie de faire des choses étonnantes. L’Europe a reconnu qu’il avait aimé

    j’alléguai le testament de ce prince, qu’on avait produit devant le sénat de Russie, et j’ajoutai que Voltaire en avait nié l’existence dans son Histoire de la Russie. J’ai de meilleures autorités à citer, répliqua le marquis, que Voltaire et son histoire. Lorsque j’étais ambassadeur à Vienne, j’étais fort lié avec l’ambassadeur de Russie, lequel m’a dit plus d’une fois qu’il était seul avec l’impératrice Catherine dans la chambre du czar lorsqu’il mourut. Avant de déclarer sa mort, elle voulut s’assurer s’il n’avait point fait de testament ; et, n’en trouvant point dans le bureau de ce prince, ils convinrent ensemble d’en faire un, qu’elle dicta à ce même seigneur russe qui lui était dévoué ; et c’est le testament qu’on a imprimé depuis. J’avais promis le secret à l’ambassadeur russe, ajouta le marquis, et je n’en parle à présent que parce que j’ai appris qu’il est mort depuis plusieurs années. »

    Dutens n’avait pas oublié qu’il avait été maltraité par Voltaire ; voyez, dans le Dictionnaire philosophique, le mot Système, in fine.