Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/639

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comme vous avez déjà fait de bouche quelques déclarations, vous devez, pour une plus ample satisfaction, et pour votre décharge, les mettre par écrit selon les points marqués ci-dessous… »

Et, à la conclusion, il était encore écrit de la main de Sa Majesté czarienne dans le septième article :

« Déclarez tout ce qui a du rapport à cette affaire, quand même cela ne serait point spécifié ici, et purgez-vous comme dans la sainte confession ; mais si vous cachez ou celez quelque chose qui se découvre dans la suite, ne m’imputez rien : car il vous a été déclaré hier devant tout le monde qu’en ce cas-là le pardon que vous avez reçu serait nul et révoqué. »

Nonobstant cela, le czarovitz a parlé dans ses réponses et dans ses confessions sans aucune sincérité ; il a celé et caché non-seulement beaucoup de personnes, mais aussi des affaires capitales, et ses transgressions, et en particulier ses desseins de rébellion contre son père et son seigneur, et ses mauvaises pratiques qu’il a tramées et entretenues longtemps pour tâcher d’usurper le trône de son père, même de son vivant, par différentes mauvaises voies, et sous de méchants prétextes, fondant son espérance et les souhaits qu’il faisait de la mort de son père et son seigneur sur la déclaration dont il se flattait du petit peuple en sa faveur.

Tout cela a été découvert ensuite par les informations criminelles, après qu’il a refusé de le déclarer lui-même, comme il a paru ci-dessus.

Ainsi il est évident par toutes ces démarches du czarovitz, et par les déclarations qu’il a données par écrit et de bouche, et en dernier lieu par celle du 22 juin de la présente année, qu’il n’a point voulu que la succession à la couronne lui vînt après la mort de son père, de la manière que son père aurait voulu la lui laisser, selon l’ordre de l’équité, et par les voies et les moyens que Dieu a prescrits ; mais qu’il l’a désirée, et qu’il a eu dessein d’y parvenir, même du vivant de son père et son seigneur, contre la volonté de Sa Majesté czarienne, et en s’opposant à tout ce que son père voulait, et non-seulement par des soulèvements de rebelles qu’il espérait, mais encore par l’assistance de l’empereur, et avec une armée étrangère qu’il s’était flatté d’avoir à sa disposition, au prix même du renversement de l’État, et de l’aliénation de tout ce qu’on aurait pu lui demander de l’État pour cette assistance.

L’exposé qu’on vient de faire fait donc voir que le czarovitz, en cachant tous ces pernicieux desseins, et en celant beaucoup de personnes qui ont été d’intelligence avec lui, comme il a fait jusqu’au dernier examen, et jusqu’à ce qu’il a été pleinement convaincu de toutes ses machinations, a eu en vue de se réserver des moyens pour l’avenir, quand l’occasion se présenterait favorable de reprendre ses desseins, et de pousser à bout l’exécution de cette horrible entreprise contre son père et son seigneur, et contre tout cet empire.

II s’est rendu par là indigne de la clémence et du pardon qui lui a été promis par son seigneur et son père ; il l’a aussi avoué lui-même, tant devant Sa Majesté czarienne qu’en présence de tous les états ecclésiastiques et séculiers, et publiquement devant toute l’assemblée ; et il a aussi déclaré