Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/640

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verbalement et par écrit devant les juges soussignés, établis par Sa Majesté czarienne, que tout ce que dessus était véritable et manifeste par les effets qui en avaient paru.

Ainsi, puisque les susdites lois divines et ecclésiastiques, les civiles et militaires, et particulièrement les deux dernières, condamnent à mort sans miséricorde, non-seulement ceux dont les attentats contre leur père et seigneur ont été manifestés par des évidences, ou prouvés par des écrits, mais même ceux dont les attentats n’ont été que dans l’intention de se rebeller, ou d’avoir formé de simples desseins de tuer leur souverain ou d’usurper l’empire, que penser d’un dessein de rébellion, tel qu’on n’a guère ouï parler de semblable dans le monde, joint à celui d’un horrible double parricide contre son souverain ? premièrement comme son père de la patrie, et encore comme son père selon la nature (un père très-clément, qui a fait élever le czarovitz depuis le berceau avec des soins plus que paternels, avec une tendresse et une bonté qui ont paru en toutes rencontres, qui a tâché de le former pour le gouvernement, et de l’instruire avec des peines incroyables, et une application infatigable dans l’art militaire, pour le rendre capable et digne de la succession d’un si grand empire) ; à combien plus forte raison un tel dessein a-t-il mérité une punition de mort !

C’est avec un cœur affligé et des yeux pleins de larmes que nous, comme serviteurs et sujets, prononçons cette sentence, considérant qu’il ne nous appartient point, en cette qualité, d’entrer en jugement de si grande importance, et particulièrement de prononcer une sentence contre le fils du très-souverain et très-clément czar notre seigneur. Cependant sa volonté étant que nous jugions, nous déclarons par la présente notre véritable opinion, et nous prononçons cette condamnation avec une conscience si pure et si chrétienne que nous croyons pouvoir la soutenir devant le terrible, le juste et l’impartial jugement du grand Dieu.

Soumettant au reste cette sentence que nous rendons, et cette condamnation que nous faisons, à la souveraine puissance, à la volonté, et à la clémente révision de Sa Majesté czarienne, notre très-clément monarque.


PAIX DE NEUSTADT[1]

Au nom de la très-sainte et indivisible Trinité, soit notoire par les présentes que, comme il s’est élevé, il y a plusieurs années, une guerre sanglante, longue et onéreuse, entre Sa Majesté le feu roi Charles XII, de glorieuse mémoire, roi de Suède, des Goths et des Vandales, etc., ses suc-

  1. Voyez page 611.