Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/90

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à ne pas respecter les sacrements. Coffin mourut sans être communié ; on fit difficulté de l’enterrer, et son neveu, conseiller au Châtelet, força enfin le curé de lui donner la sépulture ; mais ce même conseiller, étant malade à la mort, six mois après, à la fin de l’année 1750, fut puni d’avoir enterré son oncle. Le même Boitin lui refusa l’eucharistie et les huiles, et lui signifia qu’il ne serait ni communié, ni oint, ni enterré, s’il ne produisait un billet par lequel il fût certifié qu’il avait reçu l’absolution d’un prêtre attaché à la constitution. Ces billets de confession commençaient à être mis en usage par l’archevêque. Cette innovation tyrannique était regardée par tous les esprits sérieux comme un attentat contre la société civile. Les autres n’en voyaient que le ridicule, et le mépris pour l’archevêque retombait malheureusement sur la religion. Le parlement décréta le séditieux curé, l’admonéta, le condamna à l’aumône, et le fit mettre pendant quelques heures à la Conciergerie[1].

Le parlement fit au roi plusieurs remontrances, très-approuvées de la nation, pour arrêter le cours des innovations de l’archevêque. Le roi, qui ne voulait point se compromettre, laissa une année entière les remontrances sans une réponse précise.

Dans cet intervalle l’archevêque Beaumont acheva de se rendre ridicule et odieux à tout Paris, en destituant une supérieure et une économe de l’hôpital général, placées depuis longtemps dans ces postes par les magistrats du parlement. Destituer des personnes de cet état, sous prétexte de jansénisme, parut une démarche extravagante inspirée par l’envie de mortifier le parlement beaucoup plus que par le zèle de la religion. L’hôpital général fondé par les rois, ou du moins qui les regarde comme ses fondateurs, est administré par des magistrats du parlement et de la chambre des comptes pour le temporel, et par l’archevêque de Paris pour le spirituel. Il y a peu de fonctions spirituelles attachées à des femmes chargées d’un soin domestique immense ; mais comme elles pouvaient faire réciter quelquefois le catéchisme aux enfants, l’archevêque soutenait que ces places dépendaient de lui. Tout Paris fut indigné ; les aumônes à l’hôpital cessèrent, le parlement voulut procéder ; le conseil se déclara pour l’archevêque, parce qu’en effet ce mot spirituel semblait assurer son droit. Le parlement eut recours aux remontrances ordinaires[2], et ne voulut point enregistrer la déclaration du roi.

  1. 20 décembre 1750. (Note de Voltaire.)
  2. Septembre 1751. (Id.)