Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/92

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minuit. Il n’y avait jamais eu d’exemple d’une telle séance. Frère Boitin fut encore condamné à l’aumône, et le parlement ordonna à l’archevêque de ne plus commettre de scandale. Le procureur général, le dimanche des Rameaux, va, par ordre du parlement, exhorter l’archevêque à donner les huiles à l’abbé Le Maire, qui se mourait ; le prélat le laissa mourir, et courut à Versailles se plaindre au roi que le parlement mettait la main à l’encensoir. Le premier président de Maupeou court de son côté à Versailles[1] ; il avertit le roi que le schisme se déclare en France, que l’archevêque trouble l’État, que les esprits sont dans la plus grande fermentation ; il conjure le roi de faire cesser les troubles. Le roi lui remet entre les mains un paquet cacheté, pour l’ouvrir dans les chambres assemblées. Les chambres s’assemblent, on lit l’écrit signé du roi qui ordonne que les procédures contre Boitin seront annulées. Le parlement, à cette lecture, décrète Boitin de prise de corps, et l’envoie saisir par des huissiers. Le curé s’échappe. Le roi casse le décret de prise de corps. Le premier président de Maupeou, avec plusieurs députés, porte au roi les remontrances les plus amples et les plus éloquentes qu’on eût encore faites sur le danger du schisme, sur les abus de la religion, sur l’esprit d’incrédulité et d’indépendance que toutes ces malheureuses querelles répandaient sur la nation entière. On lui répondit des choses vagues, selon l’usage.

Le lendemain[2], le parlement se rassemble : il rend un arrêt célèbre par lequel il déclare qu’il ne cessera point de réprimer le scandale ; que la constitution de la bulle Unigenitus n’est point un article de foi, et qu’on ne doit point soustraire les accusés aux poursuites de la justice. On acheta dans Paris plus de dix mille exemplaires de cet arrêt, et tout le monde disait : Voilà mon billet de confession.

Comme le théatin Boyer avait fait donner le siége de Paris à un prélat constitutionnaire[3], ce prélat avait aussi donné les cures à des prêtres du même parti. Il ne restait plus que sept à huit curés attachés à l’ancien système de l’Église gallicane.

L’archevêque ameute les constitutionnaires, signe et envoie au roi une requête en faveur des billets de confession contre les arrêts du parlement : aussitôt les chambres assemblées décrètent le curé de Saint-Jean-en-Grève, qui a minuté la requête ; le

  1. 15 avril 1752. (Note de Voltaire.)
  2. 18 avril. (Id.)
  3. Voyez page 79.