Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome17.djvu/78

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teur et de sa seconde femme ; mais comme je n’ai point lu ces livres de notre premier père, je n’en dirai mot. Quelques esprits creux, très savants, sont tout étonnés, quand ils lisent le Veidam des anciens brachmanes, de trouver que le premier homme fut créé aux Indes, etc. ; qu’il s’appelait Adimo, qui signifie l’engendreur ; et que sa femme s’appelait Procriti, qui signifie la vie. Ils disent que la secte des brachmanes est incontestablement plus ancienne que celle des Juifs ; que les Juifs ne purent écrire que très tard dans la langue chananéenne, puisqu’ils ne s’établirent que très tard dans le petit pays de Chanaan ; ils disent que les Indiens furent toujours inventeurs, et les Juifs toujours imitateurs ; les Indiens toujours ingénieux, et les Juifs toujours grossiers ; ils disent qu’il est bien difficile qu’Adam, qui était roux et qui avait des cheveux, soit le père des Nègres, qui sont noirs comme de l’encre et qui ont de la laine noire sur la tête. Que ne disent-ils point ? Pour moi, je ne dis mot ; j’abandonne ces recherches au révérend père Berruyer, de la société de Jésus, c’est le plus grand innocent que j’aie jamais connu. On a brûlé son livre[1] comme celui d’un homme qui voulait tourner la Bible en ridicule ; mais je puis assurer qu’il n’y entendait pas finesse. (Tiré d’une lettre du chevalier de R***)


SECTION III[2].


Nous ne vivons plus dans un siècle où l’on examine sérieusement si Adam a eu la science infuse ou non ; ceux qui ont si longtemps agité cette question n’avaient la science ni infuse ni acquise.

Il est aussi difficile de savoir en quel temps fut écrit le livre de la Genèse où il est parlé d’Adam, que de savoir la date du Veidam, du Hanscrit, et des autres anciens livres asiatiques. Il est important de remarquer qu’il n’était pas permis aux Juifs de lire le premier chapitre de la Genèse avant l’âge de vingt-cinq ans. Beaucoup de rabbins ont regardé la formation d’Adam et d’Ève, et leur aventure, comme une allégorie. Toutes les anciennes nations célèbres en ont imaginé de pareilles ; et, par un concours singulier qui marque la faiblesse de notre nature, toutes ont

  1. L’Histoire du peuple de Dieu, 1728, sept volumes in-4°, ou douze volumes in-12. Cette première édition contient beaucoup de choses qui ont été retranchées à la réimpression. (B.)
  2. Voyez ma note sur la section III de l’article Abraham. (B.)