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HABILE, HABILETÉ.

n’en aura soin ; on vous traitera comme dans plusieurs graves remontrances on a traité le roi. On vous dira : Dieu vous assiste.

Nous irons dans nos provinces, répondez-vous ; nous serons nourris par les seigneurs des terres, par les fermiers, par les curés. Ne vous attendez pas, mes frères, à manger à leur table ; ils ont, pour la plupart, assez de peine à se nourrir eux-mêmes, malgré la Méthode de s’enrichir promptement par l’agriculture, et cent ouvrages de cette espèce qu’on imprime tous les jours à Paris pour l’usage de la campagne, que les auteurs n’ont jamais cultivée.

Je vois parmi vous des jeunes gens qui ont quelque esprit : ils disent qu’ils feront des vers, qu’ils composeront des brochures, comme Chiniac, Nonotte, Patouillet ; qu’ils travailleront pour les Nouvelles ecclésiastiques ; qu’ils feront des feuilles pour Fréron, des oraisons funèbres pour des évêques, des chansons pour l’Opéra-Comique. C’est du moins une occupation ; on ne vole pas sur le grand chemin quand on fait l’Année littéraire, on ne vole que ses créanciers. Mais faites mieux, mes chers frères en Jésus-Christ, mes chers gueux, qui risquez les galères en passant votre vie à mendier : entrez dans l’un des quatre ordres mendiants, vous serez riches et honorés.



H.


HABILE, HABILETÉ[1].


Habile, terme adjectif, qui, comme presque tous les autres, a des acceptions diverses, selon qu’on l’emploie. Il vient évidemment du latin habilis, et non, comme le prétend Pezron, du celte habil. Mais il importe plus de savoir la signification des mots que leur source.

En général il signifie plus que capable, plus qu’instruit, soit qu’on parle d’un artiste, ou d’un général, ou d’un savant, ou d’un juge. Un homme peut avoir lu tout ce qu’on a écrit sur la guerre, ou même l’avoir vue, sans être habile à la faire. Il peut être capable

  1. Cet article Habile, les trois suivants, et beaucoup d’autres de grammaire et de littérature, furent écrits, à la demande de MM. Diderot et d’Alembert, pour la première édition de l’Encyclopédie, imprimée à Paris en 1751 et années suivantes. (K.) — J’ai indiqué dans la présente édition quels sont les articles qui ont été publiés dans l’Encyclopédie. L’article Habile parut dans le tome VIII de l’Encyclopédie, publié en 1765 ; mais la suspension de l’Encyclopédie avait retardé l’impression de cet article, dont d’Alembert accuse réception par sa lettre du 11 janvier 1758. (B.)