Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome22.djvu/116

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
98
LETTRE VI.

en un mot, ce que l’on appelle un abbé, est une espèce inconnue en Angleterre ; les ecclésiastiques sont tous ici réservés et presque tous pédants. Quand ils apprennent qu’en France de jeunes gens connus par leurs débauches, et élevés à la prélature par des intrigues de femmes, font publiquement l’amour, s’égayent à composer des chansons tendres, donnent tous les jours des soupers délicats et longs, et de là vont implorer les lumières du Saint-Esprit, et se nomment hardiment les successeurs des apôtres, ils remercient Dieu d’être protestants. Mais ce sont de vilains hérétiques à brûler à tous les diables, comme dit maître François Rabelais ; c’est pourquoi je ne me mêle[1] point de leurs affaires[2].


LETTRE VI[3].

sur les presbytériens.

La religion anglicane ne règne[4] qu’en Angleterre et en Irlande. Le presbytérianisme[5] est la religion dominante en Ecosse. Ce presbytérianisme n’est autre chose que le calvinisme pur, tel qu’il avait été établi en France et qu’il subsiste à Genève. Comme les prêtres de cette secte ne reçoivent de leurs églises que des gages très-médiocres, et que par conséquent ils ne peuvent vivre dans le même luxe que les évêques, ils ont pris le parti naturel de crier contre les honneurs où ils ne peuvent atteindre. Figurez-vous l’orgueilleux Diogène qui foulait aux pieds l’orgueil de Platon : les presbytériens d’Ecosse ne ressemblent pas mal à ce fier et gueux raisonneur. Ils traitèrent le roi Charles II avec bien moins d’égards que Diogène n’avait traité Alexandre. Car lorsqu’ils prirent les armes pour lui contre Cromwell, qui les avait trompés, ils firent essuyer à ce pauvre roi quatre sermons par jour ; ils lui défendaient de jouer ; ils le mettaient en pénitence ; si bien que Charles se lassa bientôt d’être roi de ces pédants, et s’échappa de leurs mains comme un écolier se sauve du collège.

Devant un jeune et vif bachelier[6] français,

  1. 1734. « Je ne me mêle de leurs affaires. »
  2. Comparez, dans le Dictionnaire philosophique, l’article Abbé.
  3. Cette lettre formait l’article {{sc|Presbytériens du Dictionnaire "philosophique, dans l’édition de Kehl.
  4. 1734. « Ne s’étend. »
  5. Dans l’édition de 1734, on lit partout presbytéranisme.
  6. 1734. « Bachelier, criaillant. »