Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/442

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POST-SCRIPTUM.


défense d’un jardinier.


Le même Cogéos attaqua non moins cruellement un pauvre jardinier d’une province de Cappadoce, et l’accusa, page 54, d’avoir écrit ces propres mots : « Notre religion, avec toute sa révélation, n’est et ne peut être que la religion naturelle perfectionnée. »

Voyez, mon cher lecteur, la malignité et la calomnie ! Ce bon jardinier était un des meilleurs chrétiens du canton, qui nourrissait les pauvres des légumes qu’il avait semés, et qui pendant l’hiver s’amusait à écrire pour édifier son prochain, qu’il aimait. Il n’avait jamais écrit ces paroles ridicules et presque impies : avec toute sa révélation (une telle expression est toujours méprisante) ; cet homme, avec tout son latin ; ce critique, avec tout son fatras. Il n’y a pas un seul mot dans ce passage du jardinier qui ait le moindre rapport à cette imputation. Ses œuvres ont été recueillies, et dans la dernière édition de 1764, page 252, ainsi que dans toutes les autres éditions, on trouve le passage que Cogéos ou Cogé a si lâchement falsifié. Le voici en français, tel qu’il a été fidèlement traduit du grec[1].

« Celui qui pense que Dieu a daigné mettre un rapport entre lui et les hommes, qu’il les a faits libres, capables du bien et du mal, et qu’il leur a donné à tous ce bon sens qui est l’instinct de l’homme, et sur lequel est fondée la loi naturelle, celui-là sans doute a une religion, et une religion beaucoup meilleure que toutes les sectes qui sont hors de notre Église : car toutes ces sectes sont fausses, et la loi naturelle est vraie. Notre religion révélée n’est même et ne pouvait être que cette loi naturelle perfectionnée. Ainsi le théisme est le bon sens qui n’est pas encore instruit de la révélation, et les autres religions sont le bon sens perverti par la superstition. »

Ce morceau avait été honoré de l’approbation du patriarche de Constantinople et de plusieurs évêques : il n’y a rien de plus chrétien, de plus catholique, de plus sage.

Comment donc ce Cogé osa-t-il mêler son venin aux eaux pures de ce jardinier ? Pourquoi voulut-il perdre ce bonhomme, et faire condamner Bélisaire ? N’est-ce pas assez d’être dans la

  1. Tome XX, page 506.