Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/510

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oOO LETTRE

l'enfance. D'ailleurs, sa vie épicurienne et sa mort toute philo- sophique servirent de prétexte à tous ceux qui voulaient accré- diter de son nom leurs sentiments particuliers.

Nous avons surtout une Analyse de la religion chrétienne ^ qui lui est attribuée. C'est un ouvrage qui tend à renverser toute la chronologie et presque tous les faits de la sainte Écriture, Nul n'a plus approfondi que l'auteur l'opinion où sont quelques théo- logiens que l'astronome Phlégon avait parlé des ténèbres qui couvrirent toute la terre à la mort de notre Seigneur Jésus- Christ. J'avoue que l'auteur a pleinement raison contre ceux qui ont voulu s'appuyer du témoignage de cet astronome ; mais il a grand tort de vouloir combattre tout le système chrétien, sous prétexte qu'il a été mal défendu.

Au reste, Saint-Évremond était incapable de ces recherches savantes. C'était un esprit agréable et assez juste; mais il avait peu de science, nul génie, et son goût était peu sûr : ses Discours sur les Romains lui firent une réputation dont il abusa pour faire les plus plates comédies et les plus mauvais vers dont on ait jamais fatigué les lecteurs, qui n'en sont plus fatigués aujour- d'hui puisqu'ils ne les lisent plus. On peut le mettre au rang des hommes aimables et pleins d'esprit qui ont fleuri dans le temps brillant de Louis XIV, mais non pas au rang des hommes supé- rieurs. Au reste, ceux qui l'ont appelé alhèiste sont d'infâmes ca- lomniateurs,

DE FONTEKELLE.

Bernard de Fontenelle, depuis secrétaire de l'Académie des sciences, eut une secousse plus vive à soutenir. Il fit insérer, en 1686, dans la République des lettres de Bayle, une Relation de file de Bornéo- fort ingénieuse : c'était une allégorie sur Rome et Genève ; elles étaient désignées sous le nom de deux sœurs, Mero et Enègue, Mero était une magicienne tyrannique ; elle exigeait que ses sujets vinssent lui déclarer leurs plus secrètes pensées,' et qu'ensuite ils lui apportassent tout leur argent. Il fallait, avant de venir baiser ses pieds, adorer des os de morts ; et souvent, quand on voulait déjeuner, elle faisait disparaître le pain. Enfin ses sortilèges et ses fureurs soulevèrent un grand parti contre elle, et sa sœur Enègue lui enleva la moitié de son royaume.

Bayle n'entendit pas d'abord la plaisanterie ; mais l'abbé Ter-

��1. Voyez la note 2, tome XVIII, page 201,

2. Voyez la note 2, tome XXI, page 175.

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