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510 LETTRE

sanes; il fut délié et profond dans son Esprit des lolsK Cet ou- vrage, rempli d'ailleurs de choses excellentes et de fautes, semble fondé sur la loi naturelle et sur TindilTérence des religions : c'est là surtout ce qui lui fit tant de partisans et tant d'ennemis; mais les ennemis, cette fois, furent vaincus par les philosophes. Un cri longtemps retenu s'éleva de tous côtés. On vit enfin à décou- vert les progrès du théisme qui jetait depuis longtemps de pro- fondes racines, La Sorbonne voulut censurer l'Esprit des lois; mais elle sentit qu'elle serait censurée par le public ; elle garda le silence. Il n'y eut que quelques misérables écrivains obscurs, comme un abbé Guyon - et un jésuite, qui dirent des injures au président de Montesquieu ; et ils en devinrent plus obscurs en- core, malgré la célébrité de l'homme qu'ils attaquaient. Ils au- raient rendu plus de service à notre religion s'ils avaient com- battu avec des raisons; mais ils ont été de mauvais avocats d'une bonne cause,

DE LA M É TRIE.

Depuis ce temps, ce fut un déluge d'écrits contre le christia- nisme. Le médecin La Métrie, le meilleur commentateur de Boerhaave, abandonna la médecine du corps pour se donner, disait-il, à la médecine de l'âme; mais son Homme machine fit voir aux théologiens qu'il ne donnait que du poison. Il était lecteur du roi de Prusse, et membre de son Académie de Berlin. Le monarque, content de ses mœurs et de ses services, ne dai- gna pas songer si La Métrie avait eu des opinions erronées en théologie : il ne pensa qu'au physicien, à l'académicien, et, en cette qualité, La Métrie eut l'honneur que ce héros philosophe daignât faire son éloge funéraire ^ Cet éloge fut lu à l'Académie par un secrétaire de ses commandements. Un roi gouverné par un jésuite eût pu proscrire La Métrie et sa mémoire; un roi qui n'était gouverné que par la raison sépara le philosophe de l'impie, et, laissant à Dieu le soin de punir l'impiété, protégea et loua le mérite,

DU CIRÉ MESLIER.

Le curé Mcslier est le plus singulier phénomène qu'on ait vu parmi tous ces météores funestes à la religion chrétienne. Il était

1. Voltaire a souvent critiqué l'Esprit des lois; \oyez la note 4, tome XVIII, page 604. Mais il a pris aussi sa défense; voyez tome XXIII, page 457.

2. Celui dont il est question tome XXV, page 585, et page 157 du présent vo'unic.

3. Voyez, ci-des>us, la note 2 de la page 328.

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